Dans l’arène solennelle de la Cour de cassation, un procès s’est ouvert comme une pièce où l’argent, les institutions et les fantômes du passé se disputent la lumière.
Le FRIVAO (Fonds de réparation des indemnisations des victimes des activités illicites de l’Ouganda en République démocratique du Congo) censé panser les blessures de Kisangani, se retrouve au centre d’une dramaturgie où les chiffres résonnent comme des tambours de vérité : 34,6 millions USD égarés dans les couloirs opaques des marchés publics.
Le CREFDL, tel un chœur antique, réclame la restitution. Sa voix s’élève, grave, exigeante : que la justice congolaise récupère ce qui fut détourné, que les victimes retrouvent un peu de dignité dans la transparence.
Les acteurs du scandale
Sur la scène, les noms des entreprises surgissent comme des masques :
- Congo Energy, 14,9 millions pour une centrale qui reste une promesse.
- SNEL, 9 millions pour un système électrique dont les lumières peinent à briller.
- ICCN, 4 millions versés quand la demande initiale n’était qu’une fraction.
- DIVO SARL, un documentaire payé au prix d’un mythe.
Et derrière le rideau, des sociétés fantômes, sans adresse ni visage, qui reçoivent des millions comme si l’argent n’avait plus de mémoire.
Le juge, figure centrale, interroge. L’accusé, Chançard Bolukola, esquive, évoque vaguement une localisation « non loin de ShowBuzz ». Mais la scène se fait vide : pas d’adresse, pas de responsables, seulement des ombres.
Le poids de l’histoire
Ce procès n’est pas seulement celui d’un homme. Il est celui d’une mémoire collective : les 325 millions USD versés par l’Ouganda en réparation des exactions de la « guerre de six jours ». Argent de sang, argent de douleur, argent censé reconstruire. Mais voilà qu’il se dissipe dans des contrats douteux, des sociétés fictives, des dépenses sans contrôle.
Le rapport de l’Inspection générale des finances ajoute une note tragique : 3,3 millions USD disparus dans le projet de réhabilitation du jardin zoologique de Kisangani. Comme si même les animaux et les plantes devaient porter le fardeau de l’opacité.
Un miroir pour l’État de droit
Le FRIVAO devient ainsi un miroir tendu à la justice congolaise. Ce procès est un test : saura-t-elle confisquer les illusions, restituer les fonds, protéger les victimes ? Ou restera-t-elle spectatrice d’une pièce où les acteurs jouent sans fin la comédie de l’impunité ?
Dans la salle, les regards oscillent entre indignation et espoir. Car au-delà des chiffres, c’est la confiance dans l’État qui se joue. Et le peuple attend que la justice, enfin, écrive une fin digne à cette tragédie.
B.M.






