Dans le débat sur les réformes constitutionnelles, le porte-parole du gouvernement a évoqué la possibilité d’ériger l’anglais en deuxième langue officielle de la République démocratique du Congo. Une idée séduisante pour certains, mais qui suscite des réserves.
Le député Steve Mbikayi plaide pour une orientation différente : renforcer la promotion des quatre langues nationales – kikongo, lingala, swahili et tshiluba – plutôt que d’introduire une nouvelle langue officielle étrangère.
L’anglais, entre nécessité et limites
Il est indéniable que l’anglais s’impose aujourd’hui dans les sciences, les technologies, les affaires et les relations internationales.
Son enseignement devrait être renforcé dans les écoles congolaises. Mais, souligne Mbikayi, « il y a un gouffre entre apprendre une langue étrangère et en faire une langue officielle ».
Leçons venues d’ailleurs
Dans plusieurs pays, l’enracinement d’une langue étrangère dans l’administration est lié à des conquêtes ou à des colonisations. Le français lui-même s’est imposé au Congo comme héritage de la colonisation belge.
Mbikayi énumère des modèles comparés. En Suède et au Danemark, l’anglais est largement maîtrisé mais n’a pas été érigé en langue officielle. En Belgique, l’histoire de la lutte entre le flamand et le français illustre les tensions liées aux choix linguistiques. En Suisse, l’État reconnaît quatre langues nationales et organise son unité sans abolir sa diversité.
La voie tracée par la Constitution
L’article premier de la Constitution congolaise dispose : « Sa langue officielle est le français. Ses langues nationales sont le kikongo, le lingala, le swahili et le tshiluba. L’État en assure la promotion sans discrimination. »
Mbikayi interroge : avons-nous réellement rempli cette obligation ? Avons-nous développé des manuels, dictionnaires techniques, terminologies scientifiques et outils numériques dans nos langues nationales ?
Une proposition alternative
Le député suggère de promouvoir progressivement les quatre langues nationales comme langues officielles dans leurs espaces linguistiques respectifs, aux côtés du français.
Celui-ci resterait la langue commune de l’administration nationale, tandis que les langues nationales seraient introduites dans l’enseignement, les médias publics et l’administration de proximité.
Un avertissement contre la « colonisation volontaire »
Pour Mbikayi, ériger une deuxième langue étrangère en langue officielle alors que les langues nationales attendent encore leur pleine promotion serait une forme de colonisation culturelle et linguistique volontaire.
Il conclut : « Notre ambition devrait être différente : nous ouvrir au monde sans renoncer à nous-mêmes. »
B.M.






