Le billet vert ne disparaît pas, mais il changera bientôt de chemin. À partir d’avril 2027, les paiements importants en billets de dollars américains ne seront plus autorisés en République démocratique du Congo. Annoncée par la Banque centrale du Congo (BCC), cette réforme marque une nouvelle étape dans la modernisation du système financier. Selon les experts du Groupe de recherche en économie et commerce (GREC), cette mesure vise avant tout à renforcer la transparence des transactions et à rapprocher le pays des standards financiers internationaux.
Contrairement à certaines inquiétudes, il ne s’agit pas d’interdire totalement l’usage du dollar américain. Les transactions de grande valeur, comme l’achat d’une parcelle, d’un véhicule, le paiement d’un loyer ou d’importantes marchandises, devront désormais s’effectuer par des canaux bancaires ou via le mobile money lorsqu’elles sont libellées en dollars. En revanche, le franc congolais continuera d’être utilisé librement en espèces pour les opérations du quotidien, tandis que les paiements en dollars resteront possibles à condition d’être réalisés par voie électronique, garantissant ainsi leur traçabilité.
Pour les autorités monétaires, cette évolution répond à un enjeu majeur. Avec une économie largement dominée par les paiements en espèces, souvent effectués en dollars américains, une grande partie des transactions échappe encore aux circuits financiers formels. En imposant une trace numérique pour les paiements importants en devises, la Banque centrale espère renforcer la lutte contre la fraude, améliorer la transparence financière et consolider la crédibilité du système bancaire congolais auprès des partenaires et investisseurs internationaux.
Cette réforme soulève également des interrogations chez les milliers de cambistes qui exercent dans les rues des grandes villes. Toutefois, les spécialistes du GREC estiment que cette transition pourrait leur ouvrir de nouvelles perspectives. Ils pourraient être progressivement intégrés au système financier officiel en devenant agents de banques ou d’opérateurs de mobile money, avec à la clé des revenus plus sécurisés, un accès facilité au crédit, un statut légal et une meilleure protection face aux risques liés à la manipulation de fortes sommes d’argent en espèces.
À l’horizon d’avril 2027, la RDC amorce ainsi un tournant qui pourrait transformer durablement les habitudes de paiement. Plus qu’une simple réforme monétaire, cette mesure traduit l’ambition de bâtir une économie plus moderne, plus transparente et mieux connectée aux exigences du monde financier. Si le dollar continuera de circuler, il le fera désormais sous une forme plus discrète, laissant derrière chaque transaction une empreinte destinée à renforcer la confiance dans l’économie congolaise.
B.M.






