Réalisé le 30 juin 2026 par Guy Yuma, journaliste à Bosolo-infos-cd.
Guy Yuma : Lors de votre conférence de presse du 1er juin dernier à Kinshasa, la Base Républicaine a refusé de participer au débat sur la Constitution, privilégiant plutôt un dialogue politique. Quelles étaient les motivations de cette démarche et pourquoi ce dialogue vous paraissait-il prioritaire ?
Hugo Zala : Il s’agissait avant tout d’une posture politique destinée à marquer notre différence dans la manière d’aborder les priorités nationales. Depuis sa création, la Base Républicaine considère que la question essentielle demeure le rétablissement de l’autorité de l’État dans l’Est du pays. Le Gouvernement n’ayant pas encore trouvé une solution durable à cette crise, nous estimions qu’il fallait d’abord faire preuve de solidarité envers nos populations meurtries, prises en otage par les forces de l’armée rwandaise opérant sous la couverture de l’AFC/M23.
Nous avons donc proposé un dialogue à l’ensemble des acteurs politiques. Malheureusement, chacun est resté campé sur ses positions, sans réelle volonté de compromis.
Par ailleurs, lorsque je parle de dialogue, je ne lui donne pas le même sens que certains de ses principaux promoteurs. Plusieurs d’entre eux sont poursuivis par la justice pour des actes qualifiés d’antipatriotiques et contraires à la Constitution. Certains semblent vouloir utiliser le dialogue pour se blanchir politiquement ou exercer une pression sur le Gouvernement, profitant des difficultés rencontrées dans la gestion de la crise sécuritaire.
Une telle approche met le pouvoir dans une position délicate, car il ne peut accepter d’être perçu comme faible. Face à cette impasse, nous avons estimé que le pays ne pouvait rester prisonnier de négociations permanentes entre responsables politiques. L’urgence impose désormais de privilégier un processus permettant au peuple, et non à une élite politique, d’exercer directement son pouvoir de décision.
Guy Yuma : Aujourd’hui, une grande partie de l’opposition se retrouve autour de la Coalition de l’article 64. La Base Républicaine refuse d’y adhérer tout en restant en dehors de l’Union sacrée. Comment interpréter cette position de « troisième voie », dans un contexte politique aussi polarisé ?
Hugo Zala : Je ne parlerais pas d’une position difficile, mais plutôt d’une position naturelle. D’ailleurs, d’autres acteurs politiques de l’opposition se sont récemment prononcés en faveur d’un changement de Constitution, même si nous ignorons leurs véritables motivations.
Il convient de rappeler que l’Union sacrée est une plateforme politique constituée dans le contexte des élections de 2023. Notre parti, lui, a vu le jour en 2025, bien après ces échéances.
La Base Républicaine rassemble essentiellement des femmes et des hommes qui avaient soutenu la candidature du président Félix Tshisekedi, moi y compris. J’en suis l’initiateur. Il n’existe donc aucune ambiguïté : nous sommes favorables à l’action du chef de l’État, mais nous ne sommes pas membres de l’Union sacrée. L’adhésion à une coalition politique répond à des critères précis de gouvernance et d’équilibre des intérêts, définis avant même la création de notre parti.
Concernant la Coalition de l’article 64 et, plus largement, une partie de l’opposition, nous estimons qu’il existe un manque de sincérité. D’ailleurs, le qualificatif d’« opposant » ne correspond pas à l’identité de la Base Républicaine.
Nous refusons de nous enfermer dans une logique binaire selon laquelle toute personne qui n’appartient pas à l’Union sacrée devrait automatiquement soutenir les positions de la Coalition de l’article 64, du mouvement « Sauvons le Congo » ou, par extension, celles de l’AFC/M23.
Guy Yuma : Dites-nous clairement : la Base Républicaine est-elle favorable à un changement de la Constitution ? Et pourquoi parlez-vous de « changement » plutôt que de « révision » ?
Hugo Zala : Oui, nous y sommes favorables. Nous parlons de changement plutôt que de révision, car les réformes que nous proposons touchent notamment au mandat du président de la République. Or, l’article 220 de la Constitution interdit expressément la révision de certaines de ses dispositions. Il est donc plus honnête de parler d’une nouvelle Constitution que de s’enfermer dans des arguties juridiques.
Je peux d’ailleurs révéler que la Base Républicaine a élaboré un projet de nouvelle Constitution dès décembre 2024, avant même l’adoption définitive des statuts du parti. Ce document, intitulé « Projet de Constitution républicaine pour la souveraineté du peuple », traduit notre conviction qu’une nouvelle Constitution peut constituer un puissant levier de cohésion nationale, à condition que le processus soit conduit dans la transparence, sans manipulation ni fraude.
Guy Yuma : Pourtant, votre priorité affichée était jusqu’ici le rétablissement de l’autorité de l’État dans l’Est du pays. N’y a-t-il pas une contradiction entre cette priorité et l’ouverture d’un débat constitutionnel ?
Hugo Zala : Aucune contradiction. Le changement de la Constitution est un processus de longue haleine. Il peut être engagé aujourd’hui et n’aboutir que dans un an, voire davantage. Cela ne détourne en rien notre attention de la priorité sécuritaire.
Par ailleurs, les récentes déclarations du secrétaire d’État américain, Marco Rubio, évoquant un début de retrait des troupes rwandaises à partir de la mi-juillet, déclarations qui n’ont pas été contestées par le Gouvernement rwandais, constituent, selon nous, un signe encourageant de désescalade. Nous espérons que cette évolution permettra un rétablissement effectif de l’autorité de l’État avant même l’aboutissement du processus constitutionnel.
Guy Yuma : Quelles sont les réformes que vous jugez les plus urgentes, notamment en ce qui concerne l’organisation territoriale et le mandat du président de la République ?
Hugo Zala : Sur le plan institutionnel, nous proposons de supprimer la personnalité juridique des Entités territoriales décentralisées (ETD). Cette réforme vise à simplifier l’organisation de l’État et à rendre son fonctionnement plus fluide.
Nous estimons que les ETD ne devraient pas fonctionner de manière autonome vis-à-vis des provinces. Les gouverneurs devraient notamment pouvoir nommer les bourgmestres et les maires. De même, nous considérons que le système actuel des élus locaux — conseillers communaux, municipaux et urbains — alourdit inutilement l’administration sans répondre efficacement aux réalités du pays.
Concernant le mandat présidentiel, notre réflexion s’appuie sur les enseignements de l’histoire récente.
En 2016, le président Joseph Kabila n’avait pas été en mesure d’organiser les élections dans les délais constitutionnels. Cette situation avait conduit à l’Accord de la Saint-Sylvestre, qui avait permis de prolonger l’exercice du pouvoir jusqu’à la tenue des élections de 2018.
À nos yeux, cette formule a eu pour effet de transférer au dialogue politique une responsabilité qui revient normalement au peuple souverain. Quelques acteurs politiques se sont retrouvés à décider de la continuité des institutions en dehors du cadre électoral.
La Base Républicaine estime que cette situation ne doit plus se reproduire.
Aujourd’hui, la guerre dans l’Est pourrait de nouveau compromettre l’organisation des élections prévues en 2028. Sans adaptation du cadre constitutionnel, le pays pourrait être confronté aux mêmes difficultés qu’en 2016, avec le risque de nouveaux accords politiques ou d’une contestation de la légitimité des institutions.
Nous pensons que ces questions doivent être anticipées. La souveraineté appartient au peuple, et seul un référendum doit lui permettre de décider de l’évolution des institutions, plutôt que des négociations entre responsables politiques.
Guy Yuma : La Coalition de l’article 64 annonce une grande marche pour s’opposer à ce projet de changement de la Constitution. Craignez-vous des débordements ou une évolution vers ce que l’ancien président Joseph Kabila a qualifié de « soudanisation » du pays ?
Hugo Zala : Le terme de « soudanisation » me paraît particulièrement mal choisi. Pour notre part, nous considérons que l’action annoncée par la Coalition de l’article 64 s’apparente à une tentative de remise en cause de l’ordre institutionnel, fondée sur ce que nous estimons être de la désinformation.
Le président Félix Tshisekedi n’a pas modifié la Constitution par la force. Il s’agit d’un processus législatif qui suit son cours normal au sein des institutions de la République, notamment entre l’Assemblée nationale et le Sénat.
Si l’opposition affirme bénéficier du soutien de la population, pourquoi refuse-t-elle de laisser cette même population se prononcer par référendum ?
Pour la Base Républicaine, tout référendum organisé dans des conditions transparentes, libres et sans contrainte constitue l’expression la plus légitime de la souveraineté populaire. Dès lors que le peuple est appelé à décider directement de son avenir, le résultat doit être respecté.
Nous estimons, en revanche, qu’encourager une partie de la population à s’opposer aux institutions sur la base d’informations que nous jugeons inexactes comporte des risques pour la stabilité du pays. Face à cette situation, nous pensons que rester neutres reviendrait à manquer à notre responsabilité politique.
Par ailleurs, nous considérons que la saisine de la Cour constitutionnelle par le président de la République contribue à inscrire ce débat dans le cadre des mécanismes prévus par les institutions.
Guy Yuma : Maintenant que la position de la Base Républicaine sur le débat constitutionnel est clairement arrêtée, quelles seront les prochaines étapes ?
Hugo Zala : Dans les semaines et les mois à venir, j’irai présenter notre vision constitutionnelle sur l’ensemble du territoire national.
Notre objectif est d’expliquer aux Congolais le contenu de notre projet et de lutter contre ce que nous considérons comme la désinformation et l’hypocrisie qui entourent ce débat.
Le Congo appartient à tous les Congolais attachés à leur pays. Permettre au peuple d’exercer pleinement sa souveraineté à travers une nouvelle Constitution ne peut, selon nous, constituer une menace pour l’unité nationale.
Le renouvellement de la gouvernance politique approche. Nous sommes convaincus que redonner directement la parole au peuple, par voie référendaire, représente la meilleure garantie pour préserver la légitimité des institutions et consolider la démocratie. C’est la vision que porte la Base Républicaine pour l’avenir de la République.
Guy Yuma : Merci, Monsieur Hugo Zala, président national de la Base Républicaine.
Hugo Zala : Merci à vous.






