Derrière leurs murs défraîchis, les prisons de la Mongala racontent une réalité que peu de Congolais connaissent. Entre accès refusé, infrastructures en ruine et détenus livrés à des conditions de vie indignes, le système pénitentiaire de cette province semble osciller entre abandon et opacité. C’est ce qu’a découvert le journaliste d’investigation Israël Mutombo, en mission avec une équipe de sa Bosolo Télévision, au cours d’une enquête qui lève le voile sur une face méconnue de l’administration carcérale.

Première escale : la prison d’Angenga, située à une trentaine de kilomètres de Lisala, dans le village de Bambilo-Libembe. Accompagné du ministre provincial de la Justice, Olivier Bamenga, le journaliste pensait pouvoir visiter cet établissement pénitentiaire. Mais à la surprise générale, les portes sont restées closes. Malgré la présence de l’autorité provinciale, le directeur de la prison a refusé l’accès à la délégation, invoquant un différend de compétence. « Nous sommes à l’entrée de la prison d’Angenga, mais jusqu’à présent, nous ne pouvons pas évoluer à cause d’un conflit de compétence », a constaté Israël Mutombo devant sa caméra.

Au fil des échanges avec plusieurs sources locales, un autre élément est revenu avec insistance : selon ces témoignages, le différend entre les autorités provinciales et le responsable de la prison remonterait à plusieurs années. Certaines de ces sources affirment également que le directeur serait de nationalité rwandaise. Cette affirmation n’a toutefois pas pu être confirmée de manière indépendante au moment de l’enquête.
Cap ensuite sur la prison centrale de Lisala, plus connue sous le nom de « Prison 22 ». Construite en 1922 à proximité d’un marché, elle avait été pensée pour accueillir jusqu’à 400 détenus. Un siècle plus tard, le contraste est saisissant. Les bâtiments portent les stigmates du temps, le mur d’enceinte a disparu et le manque de personnel fragilise davantage la sécurité de l’établissement. Pourtant, cette prison reste un lieu chargé d’histoire, notamment pour avoir accueilli le prophète Simon Kimbangu.
À travers cette immersion, une même réalité se dessine : celle d’un système pénitentiaire confronté à de profondes difficultés. Refus d’accès à un établissement public, infrastructures délabrées, sous-effectif chronique et conditions de détention préoccupantes nourrissent les interrogations sur la gouvernance des prisons dans la Mongala. Au-delà des murs et des barreaux, cette enquête pose une question essentielle : combien de temps encore les établissements pénitentiaires resteront-ils les oubliés des politiques publiques, alors qu’ils sont aussi le miroir de l’État de droit et du respect de la dignité humaine ?
Guy Yuma G-Y et B.M





