Le sang coulait, mais les portes du secours semblaient fermées à double tour. Victime d’une attaque criminelle d’une rare violence, M. Kpakiti Masungu Jean, étudiant en médecine âgé de 29 ans à l’Université Chrétienne de Kinshasa (UCKin), a frôlé la mort après avoir reçu 11 balles au pied droit des mains d’hommes armés qui lui ont ensuite ravi sa moto, unique source de survie de toute une famille. Derrière cette moto volée, c’est tout un destin qui vacille : ses études de médecine, celles de son épouse en sciences infirmières ainsi que l’avenir académique de son jeune frère étudiant à l’IBTP.

Cette nuit tragique du 19 novembre 2025 restera gravée comme une blessure ouverte dans la mémoire de ses proches. Transporté en urgence à l’hôpital militaire du Camp Kokolo, le jeune homme arrive dans un état critique, perdant du sang à flot. Mais au lieu d’une assistance immédiate, la famille affirme avoir trouvé des regards froids et des mains tendues vers l’argent. Selon leurs témoignages, infirmiers et médecins auraient catégoriquement refusé de lui administrer les premiers soins avant le paiement préalable des frais médicaux.
Avec seulement 60 000 francs congolais dans ses poches, la victime aurait été abandonnée entre la douleur et l’agonie, obligée de contacter sa famille pendant que l’hémorragie continuait de consumer lentement ses forces. Dans les couloirs de cet établissement censé sauver des vies, chaque minute semblait se négocier comme une marchandise. Les proches dénoncent une médecine devenue commerce, où l’urgence vitale du patient aurait cédé la place à la logique du portefeuille.
Après l’arrivée de la famille et le paiement des frais exigés, une opération chirurgicale est finalement réalisée. Mais l’espoir d’un soulagement tourne rapidement à la désillusion. Selon les révélations de la famille, le docteur Mungaza n’aurait pas retiré les 11 balles logées dans le pied de la victime malgré les sommes versées pour cette intervention. Une accusation grave qui soulève colère, incompréhension et indignation au sein de l’entourage du jeune étudiant, aujourd’hui marqué à vie par cette double tragédie : celle des criminels et celle du silence médical.
Comment expliquer qu’un hôpital, temple du serment d’Hippocrate, puisse être aujourd’hui au centre d’accusations aussi troublantes ? Comment comprendre que des hommes vêtus de blouses blanches, symboles de l’espoir et de la guérison, soient accusés d’avoir laissé un patient se vider de son sang faute d’argent ? À travers le calvaire de Kpakiti Masangu Jean, c’est toute la question de l’humanisation des soins en République démocratique du Congo qui refait surface avec fracas.
Guy Yuma G-Y






