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RDC : le rappeur congolais Alesh recadre Azarias Ruberwa et ravive les plaies du passé du RCD-Goma

« Je suis un survivant et je ne me tairai point. » Le ton est donné. L’artiste musicien Alain Chirwisa, alias Alesh, sort de sa réserve et livre une charge particulièrement sévère contre l’ancien vice-président de la République, Azarias Ruberwa. Réagissant aux propos tenus par ce dernier le 3 octobre à Indianapolis sur la situation des Swahiliphones en RDC, Alesh conteste son image d’« acteur impartial » de la paix et estime que son parcours politique doit être pris en compte avant d’évaluer ses prises de position actuelles.

Pour l’artiste, impossible d’évoquer la paix sans regarder dans le rétroviseur de l’histoire. Il replonge notamment dans les événements sanglants de Kisangani, en mai 2002, lorsque la répression d’une mutinerie par le RCD-Goma avait fait de nombreuses victimes. Human Rights Watch a documenté des meurtres de civils, des exécutions sommaires, des viols et des pillages, tandis qu’une enquête des Nations unies avait estimé à plus de 160 le nombre de personnes tuées. L’organisation cite notamment Laurent Nkunda parmi les responsables militaires présents à Kisangani lors de la répression. « Retenez ce nom : Laurent Nkunda », martèle Alesh, qui relie ensuite cet épisode à la trajectoire des anciennes composantes du RCD-Goma vers le CNDP puis le M23, tout en précisant que Ruberwa n’a pas créé le M23.

La charge de l’artiste se déplace ensuite vers la question des Swahiliphones. Azarias Ruberwa a déclaré à Indianapolis souhaiter qu’un jour les personnes parlant swahili ne soient plus marginalisées en raison de leur langue, dans le cadre d’un discours consacré notamment aux violences touchant les Banyamulenge et d’autres communautés de l’Est. Alesh oppose à ce récit la réalité constitutionnelle et sociale du pays, rappelant que le swahili est l’une des quatre langues nationales de la RDC. Il reconnaît que des actes de stigmatisation existent, mais refuse qu’ils soient automatiquement présentés comme une politique officielle de l’État. Cette distinction est d’autant plus importante que la CENCO a elle-même dénoncé en 2025 la stigmatisation de personnes swahiliphones en RDC.

L’artiste remet également sur la table le dossier explosif de Minembwe, où Azarias Ruberwa, alors ministre de la Décentralisation, avait été au centre de vives controverses en 2020. Accusé d’avoir participé à l’installation du bourgmestre de cette commune rurale, il avait rejeté les accusations et déclaré devant l’Assemblée nationale ne se reconnaître « ni de près, ni de loin » dans cette affaire. Pour Alesh, la défense des civils ne peut cependant être sélective : « Une défense crédible des civils vaut pour toutes les victimes, y compris celles du M23 », soutient-il, appelant à une lecture globale de la crise et à un examen sans complaisance des responsabilités historiques.

Au bout du compte, Alesh pose une question qui dépasse la personne d’Azarias Ruberwa : peut-on bâtir une paix durable sans regarder les blessures du passé ? Pour l’artiste, un véritable acteur de paix doit être capable de reconnaître les crimes commis dans son propre camp, de condamner toutes les violences et de refuser les récits susceptibles d’alimenter la guerre. « La paix en RDC passera par la vérité et la justice », conclut-il, en appelant à revenir notamment au rapport Mapping des Nations unies. Une parole qui tombe comme un pavé dans une eau déjà agitée : à l’Est du Congo, la mémoire des victimes demeure vive, et chaque récit sur la paix réveille les fantômes d’une histoire que le pays n’a toujours pas fini de solder.

Guy Yuma G-Y

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