Le débat autour d’un éventuel dialogue politique en République démocratique du Congo prend une nouvelle tournure. Denis Mukwege, figure engagée sur les questions de paix et de justice, affiche une position ferme face à l’approche défendue par Martin Fayulu, notamment sur la participation de Joseph Kabila et de Corneille Nangaa aux discussions. Pour lui, les crimes commis dans l’Est du pays ne peuvent être effacés d’un simple trait de plume au nom du dialogue.
« Le bilan des crimes commis à l’Est de la RDC est amer », soutient-il, rappelant les milliers de morts, les massacres, les violences sexuelles et les vies brisées par des années de conflit. Denis Mukwege estime que plusieurs rapports internationaux ont documenté et identifié les responsabilités dans les violences qui endeuillent l’Est congolais. Dès lors, plaide-t-il, l’heure ne serait pas à « rendre tout blanc » par le seul mécanisme du dialogue, sans que les responsabilités ne soient préalablement examinées.
Dans cette logique, le médecin et prix Nobel de la paix s’interroge sur la finalité d’une éventuelle table des négociations. « Je ne pense pas que Kabila et Nangaa viendront au dialogue juste pour répondre à la question : pourquoi avez-vous eu recours aux armes ? », fait-il valoir. Il insiste particulièrement sur le cas de Joseph Kabila, ancien président de la République, dont la responsabilité politique, selon lui, impose une vigilance particulière face à toute implication dans une nouvelle dynamique armée.
Denis Mukwege s’en prend ainsi à la volonté de faire du dialogue un passage incontournable, avec Joseph Kabila et Corneille Nangaa comme acteurs incontournables. « Vous mettez toute votre force en disant : il n’y aura jamais de dialogue sans Kabila et Nangaa », dénonce-t-il, avant de lancer une formule particulièrement sévère : « Ça, c’est être plus dangereux que le diable. » Des propos qui donnent au débat une tonalité électrique, dans un pays où la quête de paix se heurte encore aux blessures profondes laissées par les conflits.
Enfin, Denis Mukwege adresse un message aux prétendants au pouvoir : gouverner la RDC ne devrait jamais être une simple affaire d’ambition politique. « Si vous voulez diriger un jour le pays, demandez d’abord à Dieu de vous donner un cœur qui sait aimer la population », exhorte-t-il, estimant qu’un dirigeant dépourvu de cet amour risque de causer davantage de dégâts. Une interpellation qui résonne comme un cri au milieu du tumulte politique : pour lui, la paix véritable ne saurait être bâtie sur l’oubli des victimes, mais sur la vérité, la justice et la responsabilité.
Guy Yuma G-Y







Un commentaire
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