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Enquête | Mongala : dans les entrailles d’une forêt en sursis, l’enquête sur les promesses envolées de l’exploitation du bois

Entre richesses naturelles et pauvreté persistante, la province de la Mongala révèle le grand paradoxe de la forêt congolaise : des ressources qui quittent les villages, mais un développement qui tarde à arriver. Bosolo TV plonge au cœur du territoire de Bongandanga pour comprendre ce qui se cache derrière l’exploitation forestière et les attentes déçues des communautés locales.

La forêt respire encore, mais son silence est troublé par le bruit des tronçonneuses et le passage incessant des camions chargés de grumes. Dans les profondeurs de la province de la Mongala, au nord-ouest de la République démocratique du Congo, une question revient comme un refrain : à qui profite réellement la richesse forestière ? Derrière les arbres géants qui disparaissent peu à peu, ce sont des villages entiers qui s’interrogent sur les promesses de développement annoncées au moment de l’arrivée des exploitants forestiers.

À travers le monde, la disparition des forêts demeure une préoccupation majeure. Chaque année, des millions d’hectares de couvert forestier disparaissent sous l’effet des activités humaines. Si l’Amazonie est souvent placée au centre des débats, le bassin du Congo, deuxième plus grande forêt tropicale de la planète, fait face à des défis similaires. En République démocratique du Congo, qui concentre une grande partie de cet écosystème exceptionnel, l’exploitation du bois, l’agriculture sur brûlis, l’exploitation artisanale et la faiblesse des mécanismes de contrôle exercent une pression grandissante sur ce patrimoine naturel.

Pourtant, la législation congolaise prévoit un cadre précis. Le Code forestier exige notamment une exploitation responsable, fondée sur des inventaires forestiers, des plans d’aménagement et des mécanismes permettant aux communautés locales de bénéficier des retombées économiques liées aux ressources de leurs territoires. Mais entre les textes officiels et la réalité du terrain, un fossé semble parfois se creuser.

Mongala : une terre riche, des populations démunies

Avec ses vastes étendues de forêts tropicales humides, la province de la Mongala possède un potentiel économique considérable. Plus des deux tiers de son territoire sont recouverts de forêts. Composée notamment des territoires de Lisala, Bumba et Bongandanga, elle apparaît comme une terre d’abondance naturelle.

Mais cette richesse contraste fortement avec le quotidien des habitants. Dans plusieurs zones, particulièrement à Bongandanga, l’un des territoires les plus enclavés du pays, la pauvreté reste une réalité difficile à ignorer. L’accès à l’électricité demeure limité, les routes sont insuffisantes et de nombreuses familles dépendent encore du bois-énergie pour leurs besoins domestiques.

Dans cette région où la forêt représente à la fois une source de vie et un enjeu économique majeur, l’arrivée des entreprises forestières avait nourri de grands espoirs. Les populations attendaient des emplois, des infrastructures sociales, des écoles, des centres de santé et une amélioration durable de leurs conditions de vie.

Booming Green au centre des interrogations

À Yakata, dans le secteur de Bososimba, territoire de Bongandanga, le nom de Booming Green revient régulièrement dans les témoignages recueillis par Bosolo TV. Selon plusieurs habitants rencontrés, l’installation de cette société avait été accueillie comme une opportunité historique pour leur communauté.

Les attentes reposaient notamment sur les cahiers des charges conclus avec les communautés locales, un mécanisme prévu par la réglementation forestière congolaise pour garantir que l’exploitation des ressources naturelles profite également aux populations riveraines.

Mais plusieurs années après, les habitants interrogés dressent un constat amer. Ils affirment que les changements espérés tardent à se matérialiser. Plusieurs chefs coutumiers et membres des communautés locales évoquent un sentiment d’abandon face à une exploitation forestière dont les bénéfices leur semblent difficiles à percevoir.

« Les camions passent chaque jour, mais nos villages restent sans routes, sans écoles et sans centres de santé. Aujourd’hui, les animaux ont fui la forêt et nous avons perdu une partie de notre source de nourriture », témoigne un habitant rencontré au cours de l’enquête.

Sur les traces des grumes et des promesses oubliées

Pour vérifier ces témoignages et comprendre la réalité du terrain, le directeur général du Groupe de presse Bosolo, le journaliste d’investigation Israël Mutombo, s’est rendu dans le territoire de Bongandanga après plusieurs alertes faisant état de possibles irrégularités dans l’exploitation forestière.

Au terme d’un long déplacement dans une région difficile d’accès, l’équipe de reportage a constaté la présence de nombreuses grumes entreposées le long des axes d’évacuation du bois. Certaines attendaient leur transport vers d’autres destinations, tandis que d’autres semblaient abandonnées sur les sites de stockage.

Dans les villages environnants, le contraste frappe les esprits : d’un côté, une forêt qui continue de fournir des ressources exploitées à grande échelle ; de l’autre, des communautés qui disent attendre toujours les fruits du développement annoncé.

Les journalistes de Bosolo TV ont également recueilli plusieurs documents administratifs, des témoignages d’anciens employés ainsi que des correspondances susceptibles d’apporter un éclairage supplémentaire sur le fonctionnement de l’entreprise et ses relations avec les différents acteurs impliqués.

Le silence de l’entreprise et les questions qui demeurent

Dans le souci de respecter le principe du contradictoire, l’équipe de Bosolo TV s’est rendue dans les installations de Booming Green afin d’obtenir la réaction de la direction. Aucun responsable n’a cependant accepté de répondre aux questions de la rédaction. Selon l’équipe de reportage, des membres du personnel auraient demandé aux policiers présents sur le site de faire sortir les journalistes avant tout échange avec les responsables.

Cette absence de réponse ne permet pas, à ce stade, de connaître la position officielle de Booming Green sur les accusations formulées par certains membres des communautés locales.

Au-delà du cas particulier de cette entreprise, l’enquête soulève une question plus large : comment concilier l’exploitation économique des forêts congolaises avec la protection de l’environnement et le développement réel des populations riveraines ?

Dans les profondeurs de la Mongala, la forêt continue de livrer ses richesses. Mais pour les habitants qui vivent à son ombre, une attente demeure : que les arbres qui quittent leurs terres puissent enfin laisser derrière eux autre chose que des traces de roues sur les pistes et des promesses oubliées.

À suivre dans le deuxième volet de cette enquête : les documents, les concessions forestières et les mécanismes qui entourent l’exploitation de Booming Green en République démocratique du Congo.

Davina Tshimanga

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