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Mandefu dans l’optique de satisfaire les politiques au détriment de l’avenir d’un processus crédible

Le débat devient de plus en plus houleux dans les salons politiques. Au-delà d’une simple proposition de loi visant à modifier en profondeur l’organisation et le fonctionnement de la Commission Électorale Nationale Indépendante, le député national, Meschack Mandefu, semble s’appuyer sur la théorie de la seringue hypodermique, un postulat défendu, tout d’abord, par Harold Lasswell. Mais l’ère du « récepteur » considéré comme une éponge neurasthénique absorbant passivement l’intégralité du message médiatique reste de l’histoire. Le nouveau paradigme oblige une réponse. Elihu Katz, avec Paul Lazarsfeld, s’inscrivent eux dans une réponse active.

La proposition de loi du député national, dans l’angle où il suggère d’ouvrir les candidatures pour les postes au sein de la CENI à toute personne compétente et qualifiée, brisant ainsi le monopole actuel, n’a pas tardé à susciter des réactions au sein de l’opinion nationale.

En voulant mettre fin à l’exclusivité des confessions religieuses dans la désignation du président de la CENI, Mandefu semble oublier le contexte congolais et toutes les réalités y afférentes. A-t-il oublié la nature caractérisant les Congolais et leurs influences dans la matière électorale ? La peur n’y est certes pas, car, sous d’autres cieux, les élections sont organisées par les politiques, au sein d’un ministère ayant en charge l’intérieur et la sécurité. Le Congo, avec ses expériences et ses mentalités, amène l’opinion à craindre dans cette initiative de Meschack Mandefu une « politisation » accrue de la centrale électorale plutôt qu’une véritable « dépolitisation », en supprimant la représentation des confessions religieuses.

Les idées de l’élu national ne sont pas du tout mauvaises, mais les expériences doivent nous enseigner davantage. Mandefu a-t-il oublié les chaos des élections de 2011 ? Les réformes qu’il soulève aujourd’hui avaient alors été soulevées par les acteurs politiques, d’où la décision de retirer cette responsabilité aux confessions religieuses pour la confier aux politiques. Or, l’opinion avait vécu le chaos. C’est pourquoi, en 2013, il a été décidé de restituer cette mission aux composantes de la société civile.

Puisqu’il s’agit du contour de l’organisation des élections et surtout de l’organe organisateur, les réflexions doivent tourner autour de : la crédibilité de l’institution, l’impartialité, l’inclusivité des parties prenantes et l’unanimité autour du patron de la CENI, lui qui doit inspirer confiance à tous.

Cependant, cette avancée de Mandefu soulève une question cruciale : comment garantir que l’Assemblée nationale, structure éminemment politique, ne transforme pas cet appel à candidatures en une simple chambre d’enregistrement pour un candidat déjà choisi par la majorité au pouvoir ? Un défi de crédibilité s’impose, et l’élu national doit en tirer des leçons.

Si la loi du député national Meschack Mandefu est adoptée, le défi sera celui de la transparence du processus de sélection. Pour que cette réforme ne soit pas perçue comme une simple reprise en main du processus électoral par la classe politique, l’Assemblée nationale devra imposer une rigueur exemplaire : critères de notation publics, auditions retransmises et implication de la société civile.

En réalité, cette proposition de loi nous force à répondre à une question de fond : sommes-nous prêts à confier nos élections à des technocrates plutôt qu’à des « sages » ? Si la morale n’a pas suffi à garantir la paix électorale, peut-être que la procédure, elle, y parviendra.

L’idéal serait de laisser la centrale électorale entre les mains d’une personne qui inspire la confiance de tous.

Audrey Bozene Ipungu

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