Depuis plusieurs jours, l’affaire du « médecin de Kinkole » suscite une vive agitation au sein de l’opinion publique kinoise. Sur les réseaux sociaux comme dans les discussions quotidiennes, les réactions se multiplient, oscillant entre indignation, accusations et interprétations souvent approximatives. Face à cette effervescence, l’honorable Dr Jean-Jacques Mbungani Mbanda appelle à un retour aux faits et à une meilleure compréhension des mécanismes juridiques en cours.
Dans une tribune rendue publique, l’ancien ministre de la Santé souligne que le dossier est loin d’être traité de manière arbitraire ou improvisée. Au contraire, il fait l’objet de trois procédures distinctes, chacune relevant d’un cadre légal précis : administratif, disciplinaire et pénal.
Sur le plan administratif, une première mesure a déjà été prise. Le médecin concerné a écopé d’une suspension de trois mois décidée par la Division provinciale de la santé, en coordination avec l’Inspection générale de la santé. Cette décision, précise-t-il, ne constitue ni une radiation définitive ni une interdiction d’exercer à vie, mais une sanction temporaire dans l’attente d’éclaircissements.
Parallèlement, une procédure disciplinaire est en cours devant l’Ordre des médecins, via le Conseil urbain de Kinshasa. À ce stade, la suspension prononcée à l’encontre du praticien reste conservatoire. Elle vise à encadrer la situation en attendant l’issue d’un processus rigoureux comprenant auditions, constitution du dossier et jugement par le Conseil de discipline. La sanction finale, rappelle le Dr Mbungani, ne peut intervenir qu’après un délai légal incompressible.
Le troisième volet concerne la justice pénale. Une audience foraine a été engagée le 27 mars à Kinkole devant le tribunal de grande instance. C’est dans ce cadre que seront examinées les responsabilités pénales éventuelles du médecin, dans le respect des principes fondamentaux d’un procès équitable, notamment le contradictoire et les droits de la défense.
Pour le Dr Mbungani, l’un des principaux problèmes réside dans la confusion entretenue dans l’opinion publique, où ces procédures sont souvent amalgamées. Une décision administrative ou disciplinaire est parfois perçue, à tort, comme une condamnation définitive, alimentant ainsi une forme de justice populaire.
Il met en garde contre cette dérive, rappelant que chaque instance joue un rôle bien défini : l’administration gère la fonction, l’Ordre encadre la profession, et la justice pénale sanctionne les infractions. Mélanger ces niveaux revient, selon lui, à fragiliser la compréhension du droit et à encourager des jugements hâtifs.
Dans un contexte marqué par une forte charge émotionnelle, l’honorable insiste sur la nécessité de préserver les principes fondamentaux de l’État de droit. « La justice ne se rend ni sur les réseaux sociaux ni sous la pression de l’émotion collective », martèle-t-il, appelant à privilégier les faits, la rigueur et le respect des procédures.
À travers cette mise au point, le Dr Jean-Jacques Mbungani entend ainsi contribuer à apaiser le débat et à recentrer l’attention sur l’essentiel : une justice équitable, rendue dans le respect des règles et des institutions.
ML






