Soixante-cinq ans après l’assassinat de Patrice Emery Lumumba, l’espoir d’une vérité judiciaire refait surface. Le 17 mars prochain, une audience décisive se tiendra à Bruxelles, où la justice belge devra déterminer si l’un de ses anciens hauts fonctionnaires doit être renvoyé devant un tribunal pour son rôle présumé dans la disparition du premier Premier ministre du Congo indépendant.
Au cœur de cette procédure, un seul homme est encore en vie : Étienne Davignon, 93 ans, ancien diplomate et homme d’affaires belge. La chambre du Conseil du tribunal de Bruxelles examinera, à huis clos, les éléments à charge et à décharge avant de statuer sur un éventuel renvoi en procès. Une décision qui pourra, le cas échéant, faire l’objet d’un recours en appel.
Étienne Davignon est le dernier survivant parmi les dix responsables belges visés par une plainte déposée en 2011 par François et Roland Lumumba. Les fils du leader congolais accusent plusieurs administrations belges d’avoir pris part à « un vaste complot visant l’élimination politique et physique » de leur père.
Après plus d’une décennie d’enquête, le parquet fédéral belge a requis, en juin 2025, le renvoi de l’affaire, estimant que Davignon pourrait être tenu pour responsable de crimes de guerre commis au Congo en 1961, alors qu’il était stagiaire au ministère des Affaires étrangères.
Un crime imprescriptible
Si ce procès demeure juridiquement possible, malgré le temps écoulé, c’est en raison du caractère imprescriptible des crimes internationaux. Depuis les procès de Nuremberg, les crimes de guerre, crimes contre l’humanité et génocides peuvent être poursuivis sans limite de temps.
Pour Wolfgang Kaleck, secrétaire général du Centre européen pour les droits constitutionnels et humains, il s’agit de « l’un des crimes politiques les plus dévastateurs du XXᵉ siècle ». Selon lui, la mort de Lumumba relève d’une violence systémique, impliquant un appareil d’État dans lequel chaque acteur a joué un rôle précis.
Une mémoire toujours vive
L’assassinat de Patrice Lumumba a profondément marqué l’histoire du Congo, ouvrant la voie à plusieurs décennies de dictature sous Mobutu Sese Seko, au pouvoir de 1965 à 1997. En Belgique, la diaspora congolaise suit ce dossier avec une attention soutenue, y voyant un combat à la fois judiciaire, mémoriel et politique.
Le 17 janvier 2026, à Bruxelles, le Collectif pour la mémoire coloniale et la lutte contre la discrimination a commémoré le 65ᵉ anniversaire de cet assassinat. « Patrice Lumumba reste un modèle politique de résistance contre l’impérialisme et la domination coloniale », a déclaré Stéphanie Ngalula, organisatrice de la manifestation.
À l’époque des faits, Étienne Davignon exerçait au sein du ministère belge des Affaires étrangères. Les charges retenues contre lui portent notamment sur la détention et le transfert illicites de Patrice Lumumba, la privation de son droit à un procès équitable, ainsi que des traitements humiliants et dégradants.
Le 17 mars prochain, la justice belge devra trancher : refermer définitivement ce dossier historique ou ouvrir, enfin, la voie à un procès attendu depuis plus de six décennies.
B.M.






