La déclaration de Rome était attendue comme un test de crédibilité pour la Coalition article 64 (C64). Cinq mois après sa création, cette plateforme réunissant Martin Fayulu, Delly Sesanga, Matata Ponyo Mapon, Moïse Katumbi et Jean-Marc Kabund devait démontrer sa capacité à peser sur le rapport de force national. Pourtant, elle réaffirme ses positions sans faire apparaître de percée politique décisive.
La coalition réclame un dialogue national inclusif, la cessation des hostilités, le respect de la Constitution, la protection des civils et une solution congolaise à la crise. Des exigences qui peuvent alimenter le débat national, mais qui ne suffisent pas à démontrer son influence. Une coalition politique se juge aussi à sa capacité à transformer ses revendications en mobilisation, en engagements et en résultats concrets. Or, la déclaration de Rome ne fait état d’aucune avancée nouvelle susceptible de modifier la dynamique politique.
L’annonce de rencontres séparées avec Félix Tshisekedi et Joseph Kabila soulève une autre interrogation : la C64 entend-elle agir comme une coalition d’opposition ou jouer un rôle de médiation entre les protagonistes de la crise ? La démarche reste floue, faute de précisions sur son mandat, son calendrier et l’accord éventuel des deux personnalités concernées.
Cette ambiguïté se retrouve dans le traitement de la violence armée. La C64 condamne de manière générale la conquête du pouvoir par les armes, tout en dénonçant ce qu’elle qualifie de « coup d’État constitutionnel ». Toutefois, sa déclaration ne fait pas apparaître de condamnation nominative et sans équivoque de Joseph Kabila et du Front pour la refondation de la Nation (FRN). Cette différence de formulation ne permet pas de conclure à une complaisance envers les acteurs armés, mais elle fragilise la lisibilité de sa ligne politique. Défendre l’ordre constitutionnel suppose de clarifier sa position face à toutes les formes de remise en cause de cet ordre.
Sur le plan constitutionnel, la coalition rejette toute modification susceptible d’ouvrir la voie à un troisième mandat présidentiel ou au report des élections prévues en 2028. Elle invoque notamment l’article 220 de la Constitution. Toutefois, l’adoption d’un texte relatif à l’organisation d’un référendum ne suffit pas, à elle seule, à établir juridiquement une violation de cette disposition. Une opposition crédible doit distinguer les risques politiques, les accusations et les faits juridiquement démontrés.
Il serait excessif de déduire d’un seul communiqué que la C64 ne dispose d’aucune stratégie. Toute démarche politique n’a pas vocation à être dévoilée publiquement. Mais une question demeure : qu’est-ce que la rencontre de Rome change concrètement dans la crise congolaise ? Aucun nouvel engagement, aucune mobilisation annoncée ni aucun changement tangible du rapport de force ne ressort de la déclaration.
Le défi de la C64 est donc de transformer le poids individuel de ses dirigeants en une véritable dynamique collective. Leur notoriété et leurs ambitions nationales ne garantissent pas, à elles seules, une capacité d’action commune. Pour s’imposer comme une force politique incontournable, la coalition doit démontrer qu’elle peut dépasser les déclarations de principe et produire des effets mesurables sur le terrain politique.
À Rome, la C64 n’a pas réussi à démontrer qu’elle pouvait reprendre l’initiative. Sa déclaration réaffirme des positions et annonce des intentions, mais ne révèle aucune avancée décisive. Le bilan public de cette rencontre apparaît ainsi décevant au regard des ambitions affichées lors de la création de la plateforme.
La montagne politique a accouché d’une souris : beaucoup d’attentes, mais aucune percée politique décisive à l’horizon. Rome met en lumière l’écart entre les ambitions de la C64 et sa capacité, à ce stade, à les traduire en résultats concrets.
ML






