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Tribune : Phénomène Mobondo, une fin proclamée ou une illusion de paix ?

A entendre que le phénomène Mobondo est terminé, la nouvelle a engendré un soulagement collectif. Et il y a bien lieu de s’en réjouir. Saddam, alias Faux Yaya, s’est présenté devant le ministre délégué à la Défense, Eliezer Ntambwe, en tournée dans les localités qui en ont subi les affres, pour annoncer solennellement la dissolution de son mouvement. Les images sont fortes : un chef milicien qui reconnaît publiquement être le géniteur d’une insurrection meurtrière, et qui déclare, presque théâtralement, « À partir d’aujourd’hui, fini le phénomène Mobondo ».

Mais peut-on croire à cette fin proclamée ?

Mobondo n’est pas né d’un caprice individuel. Il est l’enfant monstrueux d’un conflit foncier entre Teke et Yaka, nourri par des rancunes communautaires, amplifié par des récupérations politiques, et transformé en machine de mort dans le Grand Bandundu. Des milliers de vies ont été fauchées, des villages incendiés, des familles brisées. Ce n’est pas une simple parole qui efface un tel héritage.

Le discours du Général Ndonge, compagnon de route de Saddam, en dit long. « Le cours d’eau commence en haut. Et si vous voulez le détruire, il faut commencer à partir de la tête. » La métaphore est puissante : en abattant la tête, on croit tarir la source. Mais l’eau, elle, continue de couler. Les rancunes, les fractures, les manipulations politiques ne disparaissent pas par décret.

Il est vrai que l’appel à remettre les armes aux FARDC marque un geste symbolique. Mais combien de miliciens obéiront ? Combien de caches d’armes subsistent ? Combien de jeunes, enrôlés dans la spirale de violence, accepteront de se fondre dans une paix fragile ?

Ce qui transparaît dans les propos du Général Ndonge, c’est aussi une accusation : « Les politiciens se sont impliqués pour nous exterminer. » Voilà le cœur du problème. Mobondo n’a pas seulement été une milice communautaire ; il a été instrumentalisé, dévoyé, utilisé comme levier dans des luttes de pouvoir. Dissoudre le mouvement sans s’attaquer à ces manipulations, c’est fermer les yeux sur la véritable source du mal.

Alors, est-ce la fin du phénomène Mobondo ? Peut-être. Mais si l’on ne traite pas les maux à la racine — la terre, les rancunes, les fractures politiques — ce n’est pas une fin, c’est une pause. Une illusion de paix qui risque de se briser au prochain souffle de tension.

La vraie dissolution ne se décrète pas dans un village devant un ministre. Elle se construit dans la justice, la réparation, et la réconciliation. Sinon, Mobondo, sous un autre nom, sous un autre visage, reviendra.

B.M.

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