La multiplication des arrestations de ressortissants congolais en Zambie suscite inquiétude et indignation dans les zones frontalières du Haut-Katanga.
A l’origine de l’alerte, le député national élu de Sakania, Isaac Tshiswaka, qui appelle à une implication directe du chef de l’État, Félix Tshisekedi, face à une situation qu’il juge préoccupante.

Mais au-delà de l’émotion et des dénonciations, l’analyse du contexte révèle une réalité plus complexe, marquée par un renforcement des mesures sécuritaires zambiennes et des irrégularités persistantes du côté de certains commerçants congolais.
Selon plusieurs sources concordantes, le gouvernement zambien n’aurait pas déclenché une campagne d’arrestations arbitraires, mais aurait plutôt renforcé ses dispositifs de sécurité face à une recrudescence d’entrées frauduleuses sur son territoire.
Les postes frontaliers de Kasumbalesa, Mwela, Mukambo, Lukankamba et Lonshi enregistrent quotidiennement un flux important de commerçants congolais se rendant au marché transfrontalier de la COMESA pour s’approvisionner en denrées alimentaires et autres bien de première nécessité.
Or, de nombreux passages s’effectueraient en dehors du strict respect des règles migratoires zambiennes.

Dans la pratique, une grande partie des commerçants congolais s’acquittent d’un jeton journalier estimé à 2 000 francs congolais auprès des services de la DGM côté congolais, leur permettant de traverser pour la journée.
Cependant, plusieurs sources sur place indiquent que nombreux d’entre eux passent la nuit en territoire zambien, en violation des dispositions en vigueur.
Pourtant, la réglementation impose que seuls les ressortissants congolais détenteurs d’un acte de séjour valide puissent passer la nuit en Zambie.
Plus préoccupant encore, des informations recueillies localement révèlent que même parmi les commerçants disposant d’actes de séjour, une proportion importante serait en situation irrégulière au regard des exigences administratives zambiennes.
Cette réalité aurait conduit les autorités de Lusaka à appliquer plus strictement leurs textes.
Malgré ce contexte, le député Isaac Tshiswaka dénonce des arrestations qu’il qualifie d’abusives, évoquant des cas de détention sans motif valable et des allégations de mauvais traitements, en référence à l’article 5 de la déclaration universelle des droits de l’homme interdisant la torture et les traitements inhumains ou dégradants.
Il appelle le président Félix Tshisekedi à engager un échange diplomatique avec son homologue zambien en vue notamment notamment
d’identifier le nombre exact de ressortissants congolais détenus ;
d’obtenir des informations précises sur leurs conditions de détention ;
et, le cas échéant, de solliciter leur libération ou leur rapatriement.
Sur le terrain, la tension monte à mesure que les arrestations se multiplient. Pour de nombreuses familles vivant du petit commerce transfrontalier, ces interpellations répétées représentent un choc économique direct.
Cependant, plusieurs observateurs estiment que la situation ne pourra s’améliorer durablement sans une prise de conscience collective.
Le non respect répété des règles migratoires expose les commerçants à des sanctions prévisibles dans un contexte où la Zambie affirme vouloir protéger son territoire contre les flux irréguliers.
Si l’option diplomatique apparaît indispensable pour clarifier les conditions de détention et garantir le respect des droits humains, certains estiment que le rôle des autorités congolaises ne devrait pas se limiter à l’interpellation politique.
A ce stade, une campagne de sensibilisation des commerçants sur les exigences légales de séjour en Zambie pourrait constituer une réponse pragmatique.
Informer, encadrer et régulariser les situations administratives permettrait de réduire les risques d’arrestations et d’apaiser les tensions.
La frontière entre la RDC et la Zambie constitue un espace vital d’échanges économiques. Toute crispation prolongée pourrait fragiliser les équilibres commerciaux locaux et affecter les populations des deux côtés.
Entre respect de la souveraineté zambienne, protection des droits des ressortissants congolais et nécessité d’une meilleure discipline administrative, la crise actuelle met en lumière l’urgence d’une approche à la fois diplomatique, responsable et préventive.
La suite dépendra autant des discussions entre États que du comportement des acteurs économiques concernés.
Kent Ilunga






