Alors que le débat sur une éventuelle révision de la Constitution continue d’agiter la scène politique congolaise, le professeur Michel Bongongo Ikoli Ndombo est sorti de sa réserve. Dans une lettre ouverte adressée au président Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo le 18 juin 2026, cet intellectuel congolais exprime sa vive inquiétude face à l’adoption par les deux chambres du Parlement de la proposition de loi fixant les conditions d’organisation du référendum en République démocratique du Congo. Pour lui, ce texte ouvre la voie à un changement constitutionnel dont les conséquences pourraient être lourdes pour l’avenir du pays.
Dans son adresse au Chef de l’État, Michel Bongongo estime que cette initiative intervient dans un contexte particulièrement sensible, marqué par l’insécurité persistante dans l’Est du pays, la précarité sociale grandissante et l’absence d’un véritable dialogue national inclusif. À ses yeux, vouloir modifier la Constitution dans de telles circonstances risque davantage de fragiliser la cohésion nationale que de renforcer les institutions. Il affirme que de nombreux Congolais perçoivent cette démarche comme une source potentielle de tensions susceptibles d’ébranler les fondements de la République.
Pour appuyer son argumentaire, le professeur convoque la mémoire d’Étienne Tshisekedi wa Mulumba, figure emblématique de la démocratie congolaise et père du président de la République. Il rappelle que toute sa vie politique fut consacrée à la défense de l’État de droit, de la paix et de l’unité nationale. Dans un souffle chargé de symboles, il évoque également l’héritage de la Conférence nationale souveraine, dont plusieurs acquis majeurs, notamment l’alternance démocratique et la limitation des mandats, se retrouvent aujourd’hui au cœur de la Constitution de 2006.
Le professeur Bongongo va plus loin en mettant en garde contre ce qu’il considère comme une remise en cause de conquêtes démocratiques obtenues au prix de nombreux sacrifices. Selon lui, la loi référendaire récemment votée pourrait constituer le premier jalon d’une nouvelle concentration du pouvoir, en contradiction avec les idéaux défendus par les pionniers de la démocratie congolaise. Une perspective qui, prévient-il, pourrait raviver les fractures politiques et sociales dans un pays déjà confronté à de multiples défis.
Dans une démarche à la fois critique et constructive, Michel Bongongo invite finalement Félix Tshisekedi à ne pas promulguer cette loi. Il l’exhorte plutôt à concentrer son action sur le renforcement de la justice sociale et l’amélioration des conditions de vie des populations. Car, conclut-il, c’est dans les réalisations concrètes en faveur du peuple que s’écrit la véritable grandeur d’un mandat présidentiel et que se forge durablement l’héritage d’un homme d’État.
Guy Yuma G-Y






