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RDC : le projet des 1 000 maisons, 57 millions USD dépensés pour des logements toujours invisibles (autopsie d’un chantier à l’arrêt)

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À la suite des inondations meurtrières survenues à Matadi-Kibala, dans la commune de Mont-Ngafula, le président Félix Tshisekedi avait annoncé un vaste programme de construction de 1 000 maisons préfabriquées destinées à reloger les sinistrés. Présenté comme une réponse rapide et humanitaire, ce projet devait symboliser la solidarité nationale et l’efficacité de l’action publique face à la détresse des familles touchées.

Officiellement lancé en 2023, le programme prévoyait des logements modernes et viabilisés, avec des délais relativement courts. L’annonce avait suscité un réel espoir parmi les victimes, qui attendaient une solution durable à leur situation précaire. Cependant, dès les premiers mois, des interrogations ont émergé sur la faisabilité technique, la transparence de la passation des marchés publics et la capacité logistique à respecter les délais annoncés.

Plusieurs mois puis années après le lancement, le constat demeure préoccupant : aucune maison n’a été remise aux bénéficiaires. Selon le rapport du Conseil présidentiel de veille stratégique (CPVS) publié en octobre 2025, une part importante du budget a déjà été dépensée alors que le taux d’exécution physique resterait faible. Le document accuse directement l’ancien ministre des Finances, Nicolas Kazadi, pour avoir validé une contractualisation irrégulière avec l’entreprise turque MILVEST, sans l’aval de la Direction générale du Contrôle des marchés publics (DGCMP) et sans approbation du Premier ministre.

Le CPVS dénonce également l’absence de cabinet de contrôle indépendant, pourtant requis par la loi, ce qui a empêché toute supervision fiable du chantier. Des irrégularités dans le processus de passation des marchés ont favorisé des décaissements massifs à MILVEST, sans résultats tangibles. Deux avenants signés en septembre 2023 ont fait passer le coût du projet de 37,8 millions USD à 57,48 millions USD, sans augmentation du volume ou de la nature des travaux, renforçant l’impression d’un gaspillage de fonds publics.

Parmi les obstacles identifiés figurent des retards logistiques liés à l’importation et au dédouanement des matériaux, ainsi qu’un manque de coordination entre les institutions impliquées. Des suspensions administratives temporaires ont également paralysé l’avancement des travaux. Le rapport note que seules environ 16 % des constructions de 500 logements de type A auraient été réalisées, aucune livraison n’ayant été effectuée depuis le démarrage du projet.

Pendant que le dossier s’enlise, les familles sinistrées continuent de vivre dans des conditions précaires, certaines hébergées par des proches, d’autres dans des abris de fortune. Pour de nombreux observateurs, l’échec du projet met en lumière les limites de la gestion des projets publics, le déficit de suivi et de redevabilité, ainsi que la fragilité des mécanismes de contrôle budgétaire.

Au-delà des polémiques politiques, cette initiative inachevée soulève des questions sur la gouvernance et l’exécution des engagements publics en RDC : comment renforcer la transparence dans les marchés publics, améliorer les mécanismes de contrôle et garantir que les fonds mobilisés profitent réellement aux bénéficiaires ? À ce stade, le projet des 1 000 maisons apparaît comme une ambition sociale majeure qui n’a pas su se concrétiser sur le terrain.

ML

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