À Kinshasa, l’Assemblée provinciale n’exerce plus le contre-pouvoir qui faisait autrefois trembler l’exécutif. Sur le papier, son rôle est clair. L’article 197 de la Constitution confie à l’Assemblée provinciale la mission de légiférer, représenter la population et contrôler le Gouvernement provincial ainsi que les services publics locaux. La loi sur la libre administration des provinces lui donne les moyens de suivre l’exécution du budget, d’exiger des comptes et de sanctionner les dérives.
Mais sur le terrain, cette institution est affaiblie. Elle siège, adopte des édits, examine le budget, organise des commissions et interpelle des membres du gouvernement. Pourtant, ces actions restent largement formelles et ne produisent aucun effet politique concret. Les recommandations sur la transparence budgétaire ou la gestion des marchés publics sont adoptées, puis ignorées. Les interpellations n’aboutissent pas et aucune sanction n’est appliquée. Là où autrefois un gouverneur pouvait être mis sous pression, aujourd’hui rien ne contraint l’exécutif.
La ville continue de subir les conséquences. Les inondations récurrentes, l’insalubrité, les routes dégradées, la prolifération de marchés anarchiques et la pression démographique incontrôlée sont autant de défis que l’Assemblée provinciale n’aborde pas efficacement. Elle observe, questionne parfois, mais ne sanctionne pas et ne force pas le changement.
Dans le passé, l’Assemblée provinciale pouvait exercer un contrôle réel. En 2018, elle a refusé d’adopter un budget sans justification claire, ce qui a contraint l’exécutif à revoir ses priorités. Des motions d’interpellation ont conduit à des changements dans la composition du gouvernement provincial et à des comptes rendus publics sur la gestion de marchés. Ces actions, parfois vives, produisaient un impact concret sur la gouvernance. Aujourd’hui, l’Assemblée débat mais ne bloque plus, questionne mais ne sanctionne pas, observe mais ne contraint pas. Le contrôle existe sur le papier mais est neutralisé dans la pratique, transformant un rapport de force en simple coexistence avec l’exécutif.
Ce déséquilibre dépasse la gestion d’une ville et touche à l’État de droit. La Constitution repose sur un principe fondamental : aucun pouvoir ne doit s’exercer sans contrôle. Quand ce contrôle devient inefficace, c’est la population qui en subit les conséquences. Une Assemblée qui n’impacte plus la gouvernance devient une institution décorative. Le danger n’est pas qu’elle disparaisse, mais qu’elle continue d’exister sans peser. La vraie question n’est plus juridique, elle est politique : Kinshasa est-elle encore gouvernée sous contrôle ou simplement administrée sans contradiction ?
Au peuple de juger.
ML






