Alors que l’opinion croyait la page totalement tournée sur l’affaire du docteur David Balanganayi, ceux qui ont trop vite crié victoire pourraient bientôt déchanter. Dans ce dossier, l’essentiel reste à venir : le recours en appel, introduit le 9 avril devant la Cour d’appel de Kinshasa/Matete, s’annonce comme un tout autre tournant, un moment décisif, susceptible de renverser totalement la lecture judiciaire et l’équilibre des responsabilités.
Un verdict contesté
Le jugement du 3 avril dernier avait condamné le médecin à deux mois de prison avec sursis d’un an. Une peine jugée clémente par certains, injustifiée par d’autres. Plus encore, le tribunal avait écarté des accusations lourdes — torture et captation d’images — pour requalifier les faits en simples coups et blessures volontaires. Une décision qui avait immédiatement divisé l’opinion et suscité des réactions triomphalistes du côté des soutiens du médecin. Mais l’appel relance la procédure : en droit pénal, rien n’est acquis, tout peut être réexaminé.
Une affaire inflammable
La vidéo, devenue virale, montrant une patiente venant d’accoucher subissant une suture sans anesthésie avant d’être giflée et brutalisée, a déclenché indignation et colère. Les réseaux sociaux se sont transformés en tribunal parallèle, souvent sans nuance. Derrière l’émotion, une question persiste : s’agit-il d’un acte médical dans une situation extrême, ou d’une violence inacceptable à l’encontre d’une patiente vulnérable ?
Le médecin invoque l’état de nécessité, en arguant d’un danger vital imminent et d’une patiente non coopérative. Mais les avocats de la victime dénoncent une justification fragile : si la patiente avait encore deux heures à vivre, le danger était-il réellement immédiat ? La question est cruciale, car l’état de nécessité obéit à des critères stricts. Frapper une patiente en plein acte médical soulève un problème juridique et éthique majeur.
Au-delà d’un homme, un système
L’affaire a également révélé un débat plus large : celui des violences obstétricales en RDC. Le collectif USAWA Initiative, par la voix de sa directrice, Dorcas Bwalelo, appelle à dépasser l’émotion pour interroger les pratiques médicales et protéger les patientes. Pour elle, sanctionner un individu ne suffit pas : c’est tout un système qui doit être repensé.
Soupçons et malaise
La polémique s’est amplifiée après une déclaration du médecin affirmant avoir reçu en détention le soutien du Président de la République via un émissaire. Sans preuve formelle, ces propos ont néanmoins alimenté les soupçons d’influence politique, injectant un malaise supplémentaire dans la perception de l’affaire.
Des enjeux judiciaires considérables
L’écart est frappant entre les réquisitions du ministère public — dix ans de servitude pénale et 25 millions de francs congolais d’amende — et la peine prononcée en première instance. L’appel laisse entrevoir un risque réel d’aggravation. Sur le plan civil, la victime avait obtenu 3 500 000 francs congolais de dommages et intérêts, bien loin du million de dollars réclamé. Là encore, tout reste ouvert.
Une chose est certaine : le Dr Balanganayi n’a pas encore échappé à la justice. L’appel pourrait non seulement aggraver sa peine, mais aussi redéfinir les contours d’un débat national sur les violences obstétricales. Le point de bascule est imminent.
B.M






