La visite du ministre délégué en charge des anciens combattants, Éliezer Ntambwe, à la société Ruashi Mining à Lubumbashi, a révélé ce qui était caché : la spoliation présumée d’un terrain destiné aux anciens combattants, occupé ou revendiqué par l’entreprise chinoise. Cette démarche visait à obtenir des éclaircissements, mais elle a rapidement pris une tout autre tournure.
Une source bien informée fait état d’un incident qui s’est créé sur les lieux. Les représentants chinois de Ruashi Mining auraient manqué de respect au ministre Ntambwe lui refusant l’accès dans les installations de l’entreprise. Cette attitude a provoqué une réaction immédiate du gouverneur du Haut-Katanga, le général Eddy Kapend, qui a recadré sévèrement ses responsables. Cet épisode illustre la fragilité des relations entre autorités congolaises et partenaires étrangers, surtout lorsqu’il s’agit de questions sensibles comme le foncier ou les droits des anciens combattants.
Dans son intervention, Eliezer Ntambwe a rappelé qu’il s’agit d’un terrain des anciens combattants et que l’entreprise doit réunir toutes les conditions d’acquisition pour éviter tout contentieux.
Le ministre a laissé une porte ouverte au dialogue, tout en fixant un ultimatum.
« Venez avec un rapport clair et des propositions de solutions. Je vous donne cette opportunité. Mais s’il n’y a ni rapport, ni propositions concrètes, alors nous, en tant qu’État, nous allons agir», a-t-il prévenu.
Ruashi Mining et le modèle des joint-ventures
Ruashi Mining est une société d’exploitation minière active sur des gisements de cuivre et de cobalt à Lubumbashi. Elle s’inscrit dans le modèle économique mis en place par la Gécamines, qui a conclu des joint-ventures ou cédé des droits à des partenaires privés et étrangers pour exploiter certaines carrières. Ce modèle, censé attirer des capitaux et des technologies, est régulièrement critiqué pour ses zones d’ombre : manque de transparence, déséquilibre des bénéfices, et tensions avec les communautés locales.
Les anciens combattants, mémoire et justice sociale
L’affaire prend une dimension particulière parce qu’elle touche les anciens combattants, une catégorie sociale souvent marginalisée mais porteuse d’une mémoire nationale. Le terrain en question n’est pas seulement une parcelle : il symbolise la reconnaissance de l’État envers ceux qui ont servi. Sa spoliation par une entreprise étrangère est perçue comme une atteinte à la dignité nationale, et l’intervention du ministre Ntambwe traduit une volonté de défendre cette mémoire.
Enjeux plus larges : souveraineté et gouvernance
Au-delà de l’incident, cette affaire révèle les contradictions de la gouvernance minière en RDC : d’un côté, la nécessité d’attirer des investisseurs étrangers pour exploiter les richesses du sous-sol ; de l’autre, la défense des droits sociaux, fonciers et symboliques des Congolais. Le recadrage du gouverneur Kapend apparaît comme un rappel de souveraineté : les partenaires étrangers doivent respecter les autorités locales et les engagements sociaux liés à leurs activités.
B.M.






