La province du Lualaba replonge, une fois de plus, dans l’horreur des éboulements miniers.
Après le drame de Mulondo, c’est désormais le site de Tilwezembe (Tulizembe) qui s’illustre tragiquement, rappelant avec brutalité une réalité devenue presque banale : les mines tuent, pendant que les responsabilités se diluent.

Dans la nuit du vendredi 6 au samedi 7 février 2026, un éboulement mortel s’est produit dans cette mine à ciel ouvert, faisant au moins 12 morts parmi les creuseurs artisanaux, selon un bilan provisoire.
Les corps ont été transférés à la morgue de l’hôpital général de référence du Lualaba Mapanja, tandis que plusieurs blessés luttent pour leur survie dans différents centres de santé de Kolwezi. Les opérations de recherche se poursuivent, laissant craindre un bilan humain plus lourd.
Derrière ce nouveau drame se cache une exploitation minière à haut risque, caractérisée par l’absence quasi totale de mécanismes de sécurité. À Tilwezembe, comme sur plusieurs autres sites du Lualaba, les creuseurs artisanaux travaillent sans équipements de protection, sans études géotechniques fiables, souvent sur des sols fragilisés par les pluies.

La coopérative COMIBAKAT, chargée de l’encadrement des creuseurs, reconnaît que ces derniers se seraient introduits nuitamment sur le site en violation des consignes de sécurité. Une version qui, bien que partiellement recevable, ne saurait exonérer les responsabilités structurelles.
Comment expliquer qu’un site aussi instable reste accessible, même la nuit, alors que les risques étaient connus et signalés ?
Plus grave encore, des sources concordantes indiquent que Thomas Mining, entreprise minière chinoise et partenaire financier de COMIBAKAT, menait des travaux de séchage de la mine au moment des faits.
Ces travaux n’étaient pas achevés lorsque les creuseurs se sont introduits sur le site, augmentant considérablement les risques d’effondrement.
La question se pose avec acuité : peut-on mener des activités semi-industrielles dans une mine instable tout en y tolérant la présence d’artisanaux, sans garantir des normes strictes de sécurité ?
Au vu du nombre de morts, la réponse semble évidente.
Le drame de Tilwezembe met également en lumière la défaillance des services techniques de l’État, notamment le SAEMAPE, dont les alertes répétées sur les dangers d’une exploitation non conforme aux normes environnementales sont restées lettre morte.
Ces services, pourtant investis d’une mission d’encadrement et de protection des creuseurs, sont de plus en plus perçus comme de simples structures de perception des taxes, laissant les exploitants artisanaux livrés à eux-mêmes face à la mort.
Ce qui s’est produit à Tilwezembe n’est ni un accident isolé ni une fatalité. Des drames similaires ont déjà endeuillé Mulondo et d’autres sites miniers du Lualaba.
À chaque fois, le même scénario se répète : absence de prévention, dilution des responsabilités, puis oubli progressif des victimes.
Dans un communiqué de presse, JUSTICIA Asbl a exigé :
l’ouverture d’une enquête judiciaire sérieuse et indépendante ;
l’identification des responsabilités de Thomas Mining, de COMIBAKAT et des services publics concernés ;
une indemnisation conséquente des familles des victimes.
L’organisation de la société civile appelle également le ministère des Mines à ordonner la fermeture temporaire du site, afin de permettre la poursuite des recherches des corps encore ensevelis et le bon déroulement des enquêtes.
Un échec collectif
Tant que les mines continueront de fonctionner sans protections adéquates, les creuseurs continueront de mourir.
Et chaque nouvel éboulement viendra rappeler l’échec collectif d’un système qui sacrifie l’homme sur l’autel du minerai.
Kent Ilunga






