Accueil / MINES / Lualaba : bras de fer institutionnel entre Fifi Masuka et Jean-Paul Kapongo autour du SAEMAPE

Lualaba : bras de fer institutionnel entre Fifi Masuka et Jean-Paul Kapongo autour du SAEMAPE

La province du Lualaba a été secouée, du 19 au 24 janvier 2026, par une vive polémique opposant la Gouverneure Fifi Masuka Saini au Directeur général du Service d’Assistance et d’Encadrement de l’Exploitation Minière Artisanale et à Petite Échelle (SAEMAPE), Jean-Paul Kapongo Kadiobo. Au cœur de ce bras de fer institutionnel : le respect des procédures administratives, la répartition des compétences et l’autorité hiérarchique sur un service public stratégique du secteur minier.

L’affaire trouve son origine dans une lettre d’avertissement adressée par la Gouverneure au Directeur provincial du SAEMAPE/Lualaba, évoquant de « manquements graves aux règles de fonctionnement administratif ». L’autorité provinciale reproche notamment des déplacements hors province sans autorisation préalable, l’émission d’ordres de mission et le déploiement d’agents sans aval du Gouvernorat, ainsi que l’émission et le monnayage d’avis techniques sans le consentement des titulaires des droits miniers concernés.
En réaction, Jean-Paul Kapongo Kadiobo, dans une correspondance officielle datée du 13 janvier 2026, a opposé une fin de non-recevoir aux griefs formulés. Il rappelle que le SAEMAPE est un service public à caractère technique, doté d’une autonomie administrative et financière, placé sous la tutelle exclusive du ministre national des Mines. À ce titre, soutient-il, l’autorité provinciale ne peut exercer qu’un contrôle limité, sans empiéter sur les prérogatives relevant du pouvoir central. Il précise en outre que les missions hors province, le déploiement des agents et l’émission d’ordres de mission relèvent de sa compétence directe, sans autorisation préalable du Gouverneur.
Le Directeur général insiste également sur le fait que les avis techniques miniers constituent une attribution exclusive du SAEMAPE et que l’assimilation de ce service à une structure rattachée au Gouvernorat traduirait, selon ses termes, une « ignorance patente des règles élémentaires du droit administratif ». Il va plus loin en dénonçant des ingérences dans les matières minières, la prolifération de services non habilités dans la chaîne d’approvisionnement, l’installation illégale de coopératives minières et de dépôts de vente, ainsi que le non-respect de la clé de répartition des frais revenant au SAEMAPE. Jean-Paul Kapongo évoque également un préjudice financier estimé à plus de 8,1 millions de dollars américains, que la province peine à régulariser malgré de multiples rappels.

Sur le terrain, ce bras de fer intervient dans un contexte déjà tendu, marqué par l’essor désordonné de l’exploitation minière artisanale, des accidents mortels enregistrés ces derniers mois, ainsi que d’importants dégâts causés aux infrastructures et aux quartiers résidentiels de Kolwezi et de ses environs. Le SAEMAPE affirme pour sa part être engagé dans un processus d’assainissement et de formalisation du secteur, à travers la création de nouvelles zones d’exploitation artisanale et la professionnalisation des exploitants regroupés en coopératives.
Pour de nombreux observateurs, cette polémique dépasse le simple échange de courriers administratifs. Elle révèle un conflit latent de compétences entre le pouvoir provincial et l’administration minière centrale, dans une province hautement stratégique pour l’économie nationale. Reste à savoir si ce différend trouvera une issue par le dialogue institutionnel, un arbitrage du ministère des Mines ou un contentieux administratif. En attendant, cet épisode illustre, une fois de plus, la fragilité de la gouvernance minière locale, confrontée aux chevauchements d’attributions et aux rivalités de pouvoir.

Wait and see.

Kent Ilunga

Sign Up For Daily Newsletter

Stay updated with our weekly newsletter. Subscribe now to never miss an update!

[mc4wp_form]