Et si la paix commençait par le contrôle de chaque arme qui circule ? En République démocratique du Congo, le gouvernement veut franchir un nouveau cap dans la lutte contre la violence armée. Au cours du semestre écoulé, le projet « Désarmer les conflits », mis en œuvre dans le cadre du Programme mondial sur les armes à feu (GFP) et financé par la Chine, a connu une série d’initiatives destinées à renforcer le contrôle des armes légères et de petit calibre et à réaffirmer l’engagement politique de l’État contre la violence armée.
Sous l’impulsion du gouvernement, la Commission nationale de contrôle des armes légères et de petit calibre et de réduction de la violence armée (CNC-APLC) a déployé une stratégie reposant sur quatre piliers : technique, législatif, judiciaire et communicationnel. Une démarche qui vise un objectif central : garantir à l’État son rôle exclusif dans l’exercice de la violence légitime et réduire progressivement l’espace d’action des réseaux qui alimentent l’insécurité. Dans un pays marqué par des frontières particulièrement difficiles à contrôler, l’enjeu est de taille.
Le travail a commencé sur le terrain et dans les salles de formation. Du 16 au 20 mars 2026, une session consacrée à la détection, aux investigations et aux poursuites des infractions liées au trafic illicite d’armes a permis de constituer un noyau d’experts opérationnels. Quelques jours plus tard, du 23 au 27 mars, la CNC-APC a plaidé devant le Parlement en faveur du remplacement de l’ordonnance-loi de 1985, considérée comme obsolète, avec notamment la prise en compte du registre minier. L’objectif affiché est également de renforcer les moyens techniques nécessaires à la sécurisation des quelque 10 000 kilomètres de frontières de la RDC.
Autre tournant : le marquage des armes. Le 15 juin a donné le coup d’envoi officiel de cette campagne destinée à renforcer leur identification et leur traçabilité. Du 16 au 19 juin, une task-force composée de 15 experts a été formée aux technologies de marquage conformes au protocole des Nations unies, lors d’une session organisée à l’hôtel Pullman. Le 9 juillet, à l’occasion de la Journée internationale des armes légères et de petit calibre, la remise d’armes saisies est venue rappeler la fermeté affichée par les autorités. Dès le lendemain, au camp Kokolo, la campagne de marquage a été officiellement lancée, avec l’ambition d’assécher les circuits d’approvisionnement des réseaux criminels avant d’étendre progressivement la traçabilité à l’ensemble des provinces.
La bataille se joue aussi devant la justice. Du 14 au 17 juillet, magistrats, douaniers et enquêteurs se sont retrouvés à l’hôtel Memling pour un atelier national de haut niveau consacré au renforcement de la réponse judiciaire. Simulations de profilage routier, fluvial et ferroviaire, recours à la police scientifique et exercices pratiques ont permis de consolider les capacités des différents acteurs. Derrière chaque arme saisie se trouve désormais un impératif : identifier son origine, remonter sa trajectoire et faire en sorte que les infractions constatées connaissent une suite judiciaire. Pour les parties prenantes, le message est sans ambiguïté : la sécurité de l’État ne se délègue pas et la lutte contre la violence armée passe par un État de droit plus solide.
Avec « Désarmer les conflits », Kinshasa entend donc agir à la source plutôt que de se contenter de gérer les conséquences de la violence. Contrôler, marquer, tracer, enquêter et sanctionner : une chaîne d’actions qui traduit une volonté politique de réduire l’accès aux armes et de fermer progressivement les portes aux réseaux criminels. La RDC veut ainsi faire du rejet de la violence armée non seulement un discours, mais une politique concrète, portée par des institutions déterminées à reprendre durablement le contrôle de la circulation des armes sur son territoire.
B.M






