Dans la province du Lualaba, pourtant considérée comme l’un des poumons économiques de la République démocratique du Congo grâce à son potentiel minier, un climat d’insécurité grandissante semble s’installer durablement.
La cité de Kisangala, située à une cinquantaine de kilomètres de la ville de Kolwezi, est aujourd’hui au cœur de toutes les inquiétudes.
Longtemps réputée pour l’exploitation minière artisanale qui attire des centaines de creuseurs et d’opérateurs économiques, Kisangala s’est progressivement transformée en un espace où règnent peur et incertitude. L’afflux massif d’acteurs informels, combiné à un encadrement sécuritaire jugé insuffisant, a favorisé l’émergence de réseaux criminels organisés.
Entre braquages, extorsions et intimidations ciblent particulièrement les opérateurs économiques, notamment étrangers, les témoignagesconcordent.
Les investisseurs chinois, très présents dans la chaîne d’exploitation et de négoce des minerais, sont devenus des cibles privilégiées.
Ce mardi 7 avril 2026, un nouvel incident est venu illustrer la gravité de la situation. Selon des sources locales, un ressortissant chinois a été victime d’un braquage avant d’être enlevé et soumis à des actes de torture. Les assaillants auraient emporté une somme estimée à 60 millions de francs congolais ainsi que l’ appareil Metorex.
La victime n’a dû son salut qu’à une intervention des éléments de la Garde républicaine, qui ont réussi à le retrouver après une patrouille.
Si cette opération a permis d’éviter un drame plus lourd, elle n’efface pas les nombreuses zones d’ombre qui entourent cette affaire.
L’un des aspects les plus préoccupants de ce dossier réside dans les accusations portées par certaines sources locales, qui évoquent l’implication présumée d’éléments des forces de l’ordre dans l’attaque.
Selon des témoignages, la victime aurait elle-même sollicité un policier pour assurer sa sécurité. Mais au lieu de remplir cette mission, ce dernier aurait tenté de prendre la place du chauffeur habituel, ouvrant ainsi la voie à l’embuscade.
Si ces allégations venaient à être confirmées, elles révéleraient une dérive extrêmement grave, celle d’une infiltration de l’appareil sécuritaire par des pratiques criminelles, sapant la confiance des populations et des investisseurs.
Jusqu’à présent, aucune communication officielle n’a été faite par les autorités provinciales sur cet incident. Ce silence alimente les spéculations et renforce le sentiment d’abandon ressenti par les habitants de Kisangala.
Dans un contexte aussi sensible, marqué par des enjeux économiques majeurs, l’absence de réaction publique claire interroge.
Elle contraste avec l’urgence de la situation et la nécessité de rassurer les acteurs économiques.
Par ailleurs, l’absence du ministre provincial de l’Intérieur, en séjour en Belgique depuis plusieurs semaines selon certaines sources, suscite des critiques.
Alors que la province fait face à une montée de l’insécurité, ce déplacement est perçu par la société civile partie comme un décalage préoccupant entre les priorités des autorités et les réalités du terrain.
Cette situation met en lumière les défis de gouvernance auxquels fait face le Lualaba notamment la coordination des services de sécurité, l’encadrement des zones minières artisanales et protection des investisseurs.
Au-delà du fait divers, l’affaire de Kisangala soulève la question cruciale de la sécurité dans une province stratégique pour l’économie nationale.
Le Lualaba, riche en ressources minières, attire des investissements importants, notamment étrangers. Mais sans un environnement sécurisé, ces investissements pourraient se raréfier.
La confiance des opérateurs économiques repose avant tout sur la stabilité et la prévisibilité.
Or, la répétition d’incidents de ce type risque d’envoyer un signal négatif, avec des conséquences potentielles sur l’activité économique locale.
Face à cette situation, une réponse forte des autorités s’impose. Elle passe par une enquête indépendante et transparente pour faire toute la lumière sur les faits, mais aussi par des mesures structurelles visant à renforcer la sécurité dans les zones minières.
La restauration de l’autorité de l’État à Kisangala et dans d’autres zones sensibles du Lualaba apparaît aujourd’hui comme une urgence absolue. Sans cela, le risque est grand de voir s’installer durablement un climat d’insécurité incompatible avec les ambitions économiques de la province.
Kent Ilunga






