La sélection congolaise vit une contradiction criante : l’honneur accordé aux binationaux évoluant en Europe, parfois dans des championnats mineurs, contraste avec le mépris affiché envers les joueurs locaux. La RDC n’est pas une poubelle pour divisions inférieures européennes ou d’ailleurs. Pourtant, l’abandon des talents de la Linafoot est devenu une réalité qui fragilise l’identité même du football congolais. Le bon vient de loin et le talent local laissé-pour-compte. Une politique qui interroge !
Le syndrome « Villefranche »
Le cas de Brian Bayeye : un exemple parmi tant d’autres. Évoluant au FC Villefranche Beaujolais, modeste club de National (D3 française), il n’a disputé que 11 matchs en 2025, dont seulement 2 en 2026, sans inscrire le moindre but. Comment un tel profil peut-il justifier une convocation en équipe nationale A, au détriment des cadres du TP Mazembe, du FC Lupopo, de l’AS Maniema Union ou de l’AS Vita Club, aguerris aux compétitions africaines de la CAF ? C’est une insulte à la compétitivité de la Linafoot.
L’illusion européenne
Le problème n’est pas l’apport des binationaux, mais l’absence de vision pour le vivier local. En privilégiant des joueurs de divisions inférieures européennes, Sébastien Desabre et la Direction technique nationale de la FECOFA envoient un message destructeur : « Quittez le pays, peu importe où vous allez, même en district, et vous serez regardés. » Résultat : nos clubs s’appauvrissent, nos jeunes s’exilent dans des championnats de seconde zone, et la sélection perd son âme.
Une vision à court terme
Cette politique de facilité entretient un complexe de supériorité européenne. Elle sacrifie l’expertise locale et démoralise les joueurs qui se battent chaque semaine dans des conditions difficiles à Kinshasa, Lubumbashi, Kolwezi ou Kindu. Le développement du football congolais ne passera jamais par les bancs de touche de la troisième division française. Il exige courage et audace pour valoriser les talents locaux, comme Claude Leroy l’avait fait en son temps.
Rompre avec le favoritisme colonial
Le bon sens impose de mettre fin à ce favoritisme qui privilégie le passeport ou l’adresse du club plutôt que le niveau réel de jeu. Deux pistes s’imposent :
- Une passerelle de fer : faire de la sélection A l’aboutissement logique pour les meilleurs de la Linafoot, afin d’encourager les performances locales.
- De la transparence : publier les rapports de scouting comparant les joueurs locaux et ceux des divisions inférieures européennes. Car il est incompréhensible qu’un joueur avec seulement deux matchs en 2026 soit convoqué au détriment de locaux réguliers et performants.
Un football qui ne respecte pas son propre championnat marche sur la tête. La RDC, à n’en point douter, a du talent à revendre. À Sébastien Desabre d’ouvrir les yeux, ou d’assumer d’être le fossoyeur de l’ambition locale. La sélection nationale doit redevenir le miroir de la Linafoot, et non l’illusion d’un exil sans gloire.
B.M.






