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A la suite des propos de Joseph KabilaLa « Constitution sacrée » : un révisionnisme politique

joseph kabila

La déclaration de Joseph Kabila sur la « sacralité » de la Constitution est un cas d’école de révisionnisme (remise en cause d’une vérité). Elle invite les Congolais à oublier leur propre histoire récente, marquée par des luttes sanglantes pour défendre ce texte contre ses propres manœuvres. Cette tentative de se refaire une virginité constitutionnelle est une insulte à la mémoire des martyrs tombés pour que la loi fondamentale soit respectée.

Les faits contredisent le discours

  • 2011 : une révision opportuniste. La Constitution est amendée pour instaurer un scrutin présidentiel à un seul tour, une modification taillée sur mesure pour consolider le pouvoir de Kabila. Cet acte démontre déjà que la « sacralité » de la Constitution pouvait être relativisée lorsqu’elle servait ses intérêts.
  • 2014-2016 : les relais du pouvoir. Des figures majeures de son camp, comme Evariste Boshab et Aubin Minaku, multiplient les déclarations et initiatives en faveur d’un troisième mandat ou d’une révision constitutionnelle. Le silence de Kabila face à ces offensives équivalait à un consentement tacite.
  • Janvier 2015 : la loi électorale contestée. Des manifestations massives éclatent contre une loi électorale perçue comme une manœuvre pour prolonger son règne. La répression est brutale : des dizaines de morts, des centaines de blessés. La Constitution, censée protéger les citoyens, devient un champ de bataille.
  • 2016 : le mandat expiré. La fin de son mandat arrive sans qu’aucune élection ne soit organisée. C’est le début du « glissement », une violation flagrante de la Constitution qu’il prétend aujourd’hui sacraliser.
  • 2017-2018 : les marches des laïcs catholiques. Ces mobilisations pacifiques, qui réclamaient simplement l’application de la Constitution, furent violemment réprimées. Les images de fidèles fauchés dans les rues de Kinshasa restent gravées dans la mémoire collective.

D’autres exemples révélateurs

  • La répression des opposants. Des leaders politiques et militants pro-démocratie furent arrêtés, harcelés ou contraints à l’exil pour avoir défendu la Constitution. Le régime a systématiquement criminalisé la contestation.
  • La manipulation institutionnelle. Le Conseil supérieur de la magistrature et la Commission électorale furent instrumentalisés pour légitimer le statu quo, au mépris des principes constitutionnels de neutralité et d’indépendance.
  • La mémoire des martyrs. Des noms comme Floribert Chebeya, Armand Tungulu, Rossy Mukendi, Thérèse Kapangala ou les anonymes tombés lors des manifestations de 2015 et 2018 incarnent cette contradiction : mourir pour défendre une Constitution que le pouvoir foulait aux pieds.

Une contradiction historique

Joseph Kabila n’a peut-être jamais prononcé les mots « Je veux changer la Constitution » de sa propre bouche. Mais ses actes, son silence et les initiatives de son système politique criaient le contraire. Aujourd’hui, invoquer la « sacralité » de ce texte relève d’une tentative de réécriture de l’histoire, une opération de blanchiment politique qui fait fi des souffrances endurées par le peuple.

C’est en somme une stratégie de réhabilitation politique qui se moque de la mémoire de ceux qui étaient vent debout…

B.M.

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