L’initiative du gouvernement provincial de Kinshasa, portée par le gouverneur Daniel Bumba Lubaki, visant l’identification et la numérotation des motocyclettes, s’inscrit dans une volonté affichée de réorganiser le secteur des transports urbains. Si l’objectif officiel est de renforcer la sécurité routière et de lutter contre l’anarchie dans la circulation des motos-taxis, la mesure suscite déjà de nombreuses interrogations sur ses modalités d’application et son impact réel sur les acteurs concernés.
Lors d’une séance de travail tenue avec les associations de motocyclistes, communément appelés « wewa », le ministre provincial des Transports Jesus-Noël Sheke et le ministre de l’Intérieur et de la Sécurité Jeannot Canon Larose ont présenté les grandes lignes de ce dispositif, présenté comme une étape vers la modernisation de la mobilité urbaine.
Cependant, sur le terrain, plusieurs zones d’ombre persistent. D’abord, les modalités concrètes d’identification, de financement et de contrôle restent floues. Les motocyclistes, souvent confrontés à une précarité économique, craignent que cette réforme ne devienne une charge financière supplémentaire plutôt qu’un véritable outil d’organisation du secteur.
Ensuite, la question de l’effectivité du contrôle administratif se pose avec acuité. Dans un contexte où les services urbains sont parfois limités en moyens logistiques et humains, la réussite d’un tel dispositif dépendra fortement de la capacité de l’État provincial à assurer un suivi rigoureux et transparent.
Par ailleurs, la sensibilisation annoncée par les autorités, bien que nécessaire, ne suffira pas sans un accompagnement concret et progressif des conducteurs de motos, dont beaucoup opèrent dans l’informel.
Enfin, cette réforme met en lumière un enjeu plus large : celui de la gouvernance du transport urbain à Kinshasa, où les initiatives successives peinent souvent à produire des résultats durables faute d’une approche intégrée et structurée.
En définitive, si l’opération d’identification des motocyclistes apparaît comme une mesure de régulation nécessaire, son succès dépendra moins de son annonce que de sa mise en œuvre effective, de son acceptabilité sociale et de la capacité des autorités à transformer une décision administrative en véritable politique publique de mobilité.
ML






