La scène politique congolaise est en ébullition.
Alors que le débat sur une éventuelle révision constitutionnelle s’invite dans l’agenda national et que la guerre à l’Est continue de fragiliser la cohésion nationale, la récente prise de parole de Modeste Bahati Lukwebo à Kinshasa a fait l’effet d’un pavé dans la mare.
Premier vice-président du Sénat et autorité morale de l’Alliance des Forces Démocratiques du Congo et Alliés (AFDC-A), deuxième force politique de la majorité présidentielle au sein de l’Union sacrée de la nation, Bahati Lukwebo occupe une position stratégique dans l’architecture du pouvoir actuel.
C’est dire que chacune de ses déclarations dépasse le simple cadre d’un point de presse ordinaire.
Face aux débats croissants sur un changement ou une révision de la Constitution, le leader de l’AFDC-A a tenu à clarifier sa position.
Selon lui, la Constitution congolaise est encore « jeune » pour faire l’objet d’une révision.
« Le pays n’a pas un problème de textes mais un problème d’hommes qui doivent se conformer aux textes qui existent », a-t-il martelé.
Une déclaration qui tranche avec certains discours internes à la majorité, où des voix se sont montrées ouvertes à une révision constitutionnelle.
Bahati Lukwebo a également recadré une autre polémique, celle selon laquelle le Chef de l’État n’aurait pas un mandat mais une mission. Se définissant comme républicain, il a rappelé que le Président de la République exerce un mandat constitutionnel qui court jusqu’en 2028.
Ces propos, bien que légalistes en apparence, ont été interprétés par certains comme une prise de distance subtile vis-à-vis d’une frange de l’Union sacrée favorable à une reconfiguration institutionnelle.
La sortie médiatique de Bahati Lukwebo n’a pas fait l’unanimité dans les rangs de la majorité. Certains cadres l’ont qualifié de « dribbler de la dernière génération », insinuant une posture politique ambivalente.
Plus incisif encore, Déo Bizibu, cadre de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), a laissé entendre que ces déclarations pourraient traduire un éloignement progressif de Bahati Lukwebo vis-à-vis de l’Union sacrée.
Ces réactions traduisent un malaise latent.
La majorité présidentielle traverse-t-elle une zone de turbulence interne à l’approche des grands débats institutionnels ?
Au-delà de la question constitutionnelle, Bahati Lukwebo a également dénoncé ce qu’il qualifie de « rapport erroné » du Directeur général de la BRALIMA Kinshasa, l’accusant d’avoir faussement fait état de sa qualité d’actionnaire dans une société ayant racheté la succursale de la BRALIMA à Bukavu.
Il a annoncé son intention de saisir la justice afin de défendre son honneur et sa réputation.
Se présentant comme victime directe de l’agression à l’Est, il a évoqué la perte de proches et l’occupation forcée de ses biens ( résidences, hôtels, usines et autres patrimoines ) par les rebelles de l’AFC/M23 soutenus, selon lui, par le Rwanda.
Une mise au point qui vise à dissiper tout soupçon de collusion économique dans un contexte de guerre où les questions de loyauté nationale sont hypersensibles.
Derrière cette prise de parole, plusieurs interrogations demeurent.
Que cache réellement cette sortie médiatique au moment où la révision constitutionnelle est sur la table et où la guerre à l’Est mobilise toutes les énergies politiques ?
S’agit-il d’un simple rappel au respect de l’ordre constitutionnel ou d’un repositionnement stratégique en vue des échéances à venir ?
En tant que leader de la deuxième force de la majorité, Bahati Lukwebo sait que sa voix pèse lourd. Son discours, à la fois légaliste et critique, pourrait être interprété comme une manière de se démarquer sans rompre, de préserver son capital politique tout en gardant une marge de manœuvre.
Dès lors, une question se pose : Modeste Bahati Lukwebo est-il en train d’exprimer une divergence de fond avec le camp Tshisekedi ou prépare-t-il simplement l’avenir en consolidant une posture d’homme d’État attaché aux principes républicains ?
Dans un contexte aussi sensible, chaque mot compte. Et en politique congolaise, les silences comme les déclarations publiques sont rarement anodins.
Kent Ilunga






