Le débat sur le changement de la Constitution prend une tournure plus politique que juridique. En s’attaquant frontalement aux positions défendues par Evariste Boshab et André Mbata Mangu, le sénateur Modeste Bahati Lukwebo a-t-il ouvert une séquence d’opposition interne au sein de l’Union sacrée ? Sa déclaration tranche avec le ton généralement consensuel observé dans la majorité présidentielle. « Le pays n’a pas un problème de textes, mais d’hommes », a-t-il martelé, dénonçant « l’hypocrisie » et les « revirements opportunistes » de certains acteurs qui, hier encore, encensaient la Constitution avant d’en pointer aujourd’hui les limites.
La polémique prend une dimension particulière dans la mesure où le président Félix Tshisekedi a lui-même évoqué la possibilité de mettre en place une commission de réflexion sur une réforme constitutionnelle. Si le Chef de l’État n’a pas formellement annoncé une révision imminente, son ouverture à la réflexion contraste avec la prudence affichée par Modeste Bahati Lukwebo, qui semble considérer le débat comme prématuré, voire mal orienté. Dès lors, une question s’impose : la sortie du président de l’AFDC-A marque-t-elle une prise de distance stratégique vis-à-vis d’une orientation impulsée au sommet ?
Deux lectures s’affrontent. La première y voit l’expression d’un débat démocratique interne, normal dans toute coalition large. L’Union sacrée rassemble des sensibilités diverses ; qu’un cadre majeur exprime une position nuancée ne signifierait pas nécessairement une rupture. La seconde lecture est plus politique. À l’approche des prochaines échéances électorales, le débat constitutionnel devient un terrain de repositionnement. En se posant en défenseur de la stabilité institutionnelle et en appelant à « un débat franc » plutôt qu’à des annonces médiatiques, Modeste Bahati Lukwebo pourrait chercher à incarner une ligne de prudence, susceptible de séduire une opinion publique souvent méfiante face aux modifications constitutionnelles en Afrique.
Si le débat s’intensifie, il pourrait révéler des fractures plus profondes : une aile favorable à une réforme, estimant que la Constitution de 2006 doit évoluer, et une aile conservatrice privilégiant l’application stricte du texte existant. Dans ce contexte, la posture du Chef de l’État sera déterminante. Soit il arbitre clairement le débat, soit il laisse mûrir la réflexion au risque de voir s’installer une rivalité de leadership interne. Politiquement, une crispation prolongée pourrait fragiliser la cohésion de la majorité et offrir à l’opposition un angle d’attaque sur la stabilité institutionnelle. À l’inverse, un débat structuré et inclusif pourrait renforcer la crédibilité démocratique du pays.
Au fond, la controverse dépasse les personnes. Elle pose une question stratégique : la RDC est-elle prête à revisiter son architecture constitutionnelle dans un climat apaisé, ou le débat risque-t-il de devenir un catalyseur de tensions internes ? La sortie de Modeste Bahati Lukwebo ne constitue peut-être pas encore une fronde ouverte. Mais elle révèle au minimum une ligne de fracture potentielle au sein de l’Union sacrée. La suite dépendra moins des déclarations que de la capacité des acteurs à transformer la polémique en véritable dialogue institutionnel ou à en faire un champ de bataille politique.
ML






