En République démocratique du Congo, le débat sur la révision ou le changement de la Constitution de 2006 refait surface avec acuité. Vingt ans après la promulgation de cette loi fondamentale, la question divise l’opinion nationale, dans un pays habitué aux turbulences politiques depuis son accession à l’indépendance en 1960. Entre aspirations à la réforme et crainte d’une nouvelle crise institutionnelle, le sujet s’impose au cœur de l’actualité.
Cette résurgence intervient dans un contexte particulièrement préoccupant. L’Est du pays demeure en proie à une insécurité persistante, alimentée notamment par la rébellion de la coalition AFC/M23, tandis que les tensions sociales continuent de fragiliser le climat national. Pour de nombreux observateurs, ouvrir aujourd’hui le chantier constitutionnel pourrait raviver des clivages profonds.
Joint au téléphone depuis le Canada par la rédaction de Bosolo-Infos.cd, le professeur Michel Bongongo appelle à la prudence. Revenant sur l’histoire politique du pays, il rappelle qu’au lendemain de l’indépendance, « la classe politique victorieuse de la lutte nationale pour la liberté, une fois au pouvoir, s’est rapidement constituée en une classe de nouveaux riches », suscitant frustrations et rébellions, jusqu’au coup d’État militaire du 24 novembre 1965 et l’instauration de la Deuxième République.
Concernant la Constitution actuelle, inspirée des modèles germano-français et rédigée avec l’apport d’experts nationaux et internationaux majoritairement congolais, elle consacre la Troisième République et fonde l’État sur la souveraineté populaire. Selon le professeur Bongongo, remettre en cause cet équilibre institutionnel dans un climat aussi tendu risquerait d’ouvrir la voie à une crise politique majeure.
« Alors que la crise sociale et sécuritaire fait rage dans notre pays, n’ajoutons pas au débat national une controverse sur la Constitution. Privilégions plutôt un dialogue national inclusif pour résorber les tensions », plaide-t-il. Un appel à la retenue qui relance, une fois de plus, la réflexion sur la priorité des priorités pour la RDC : la stabilité avant toute réforme institutionnelle.
Guy Yuma G-Y






