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Société : Pakadjuma rasé pour le retour du train

Le gouvernement provincial de Kinshasa a frappé fort : bulldozers et policiers ont rasé Pakadjuma, ce quartier informel érigé sur un terrain de l’ONATRA à Kingabwa. L’annonce officielle est triomphale : « le train va faire son retour ». Mais derrière ce récit de modernisation et d’ordre urbain, une autre vérité s’impose : celle des vies effacées, des mémoires populaires balayées au nom du progrès.

Avec la renaissance du rail, l’État reprend la main : en détruisant les constructions anarchiques, le gouvernement affirme son autorité sur un espace longtemps livré à l’informel. L’ONATRA promet la relance ferroviaire, vital pour l’économie nationale et pour l’image d’un Congo moderne. Pakadjuma était présenté comme une anomalie, un obstacle au développement, qu’il fallait effacer pour rétablir la légalité.

Espace de survie pour de nombreuses familles, Pakadjuma n’était pas une “anarchie”, selon ses occupants, mais un lieu de vie, de solidarité, de survie dans une ville où l’accès au logement est un privilège. Un tissu social détruit : derrière les tôles et les briques, il y avait des histoires, des amitiés, des résistances. La démolition ne fait pas que libérer un terrain, elle efface une mémoire urbaine. Jusque-là, rien n’est dit du sort des résidents. Le progrès ferroviaire se construit sur l’effacement des marges.

L’acte posé révèle une fracture : le Congo veut moderniser ses rails, mais il ne sait pas intégrer les vies populaires dans son récit de modernisation.

Le train qui revient est une promesse d’avenir. Mais pour ceux qui vivaient à Pakadjuma, il est aussi le symbole d’un passé effacé, d’une mémoire niée. L’État célèbre le rail, mais ignore les voix qui habitaient ses abords.

Pakadjuma n’est pas seulement un bidonville détruit. C’est un miroir des contradictions congolaises : un pays qui rêve de modernité mais qui, pour y parvenir, choisit d’effacer les marges plutôt que de les intégrer. Le rail revient, mais la mémoire populaire est laissée sur le quai.

B.M.

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