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Tribune/Identification des citoyens : la carte d’identité, comme un serpent de mer

On nous l’a promise comme un acte fondateur : la carte d’identité nationale, ce petit rectangle censé dire au monde « je suis citoyen congolais ». Mais depuis des décennies, cette promesse reste suspendue, comme une parole jamais tenue. L’ONIP, créé pour bâtir ce socle, s’enlise dans les sables mouvants de l’État congolais.

Les racines du retard

Un héritage effacé : depuis l’époque du Zaïre, aucune carte n’a été délivrée. Le registre de la population est un désert administratif, et l’ONIP peine à planter les premières pierres. Des rivalités institutionnelles : chaque ministère, chaque acteur politique veut contrôler l’outil d’identification, car il ouvre la porte au pouvoir de dire qui est citoyen, qui vote, qui accède aux droits. Un gouffre financier et logistique : équiper un pays-continent, former des agents, sécuriser des données biométriques… tout cela coûte des milliards que l’État peine à mobiliser. La peur de la transparence : une carte d’identité fiable mettrait fin aux zones grises, aux fraudes, aux manipulations. Mais certains préfèrent l’opacité, qui nourrit leurs intérêts.

Le raccourci adopté, c’est la carte d’électeur, présentée comme solution provisoire mais qui tend à devenir définitive. Les Congolais, gagnés par la lassitude, ne savent plus à quel saint se vouer.

Une si longue patience

Dans les rues de Kinshasa, dans les chaumières des tréfonds des provinces, le peuple attend. Attendre, c’est déjà souffrir : souffrir de ne pas pouvoir ouvrir un compte bancaire, voyager, voter avec un document reconnu. Attendre, c’est vivre dans l’ombre, sans preuve d’existence officielle.

La carte d’identité est devenue un symbole de souveraineté brisée : un État qui ne sait pas nommer ses enfants, qui ne sait pas leur donner ce signe élémentaire de reconnaissance.

Le point d’achoppement

Ce n’est pas seulement l’argent, ni la technique. Ce qui coince, c’est la volonté politique. L’ONIP est pris dans un étau : entre les discours de modernisation et les calculs de pouvoir, entre l’urgence citoyenne et l’indifférence des élites. La carte d’identité est retardée parce qu’elle dérange, parce qu’elle impose de mettre de l’ordre là où le désordre profite.

L’absence de carte d’identité nationale n’est pas un simple retard administratif. C’est le révélateur d’un État qui hésite entre se reconstruire ou continuer à flotter dans l’informel. Tant que l’ONIP restera prisonnier des contradictions politiques, le citoyen congolais restera un fantôme administratif, reconnu par tous sauf par son propre pays.

B.M.

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