Le drame survenu dans la nuit du vendredi 6 au samedi 7 février 2024 sur le site minier de Tulizembe, dans la province du Lualaba, est loin d’être un simple accident. Avec un bilan provisoire d’au moins 11 morts, cette nouvelle tragédie met en lumière les profondes défaillances qui entourent l’exploitation minière artisanale et semi-industrielle dans la région. Une fois de plus, l’entreprise Thomas Mining, partenaire financier du site et entité de traitement détenue par des intérêts chinois, se retrouve au centre des accusations.
Selon plusieurs sources concordantes, Thomas Mining n’assumerait pas pleinement ses obligations en matière de sécurité et de prévention des risques sur le site de Tulizembe. Présentée comme un acteur clé du partenariat, l’entreprise est accusée de se désengager de ses responsabilités tout en cherchant à prendre progressivement le contrôle de la carrière, au détriment des creuseurs artisanaux qui en dépendent pour leur survie quotidienne.

Pour le comité des creuseurs, le constat est sans appel : l’entreprise n’assurerait aucune protection effective des travailleurs, tout en aggravant leur précarité.
« Ils veulent le site, mais pas les responsabilités. Pendant ce temps, ce sont les creuseurs qui paient le prix fort, parfois au prix de leur vie », dénonce un membre du comité, qui affirme ne pas disposer du pouvoir nécessaire pour rompre avec ce partenaire financier imposé.
Le drame de Tulizembe ravive le souvenir des événements meurtriers survenus auparavant à la carrière de Mulondo, où plusieurs vies humaines avaient déjà été perdues dans des circonstances similaires. À chaque tragédie, le même schéma se dessine : absence de mesures de sécurité adéquates, exploitation de sols instables, tolérance d’activités à haut risque et silence des partenaires censés investir dans la protection des travailleurs.
Pour les creuseurs, Thomas Mining porte une responsabilité directe dans ces drames à répétition. Plus grave encore, l’entreprise est également tenue pour responsable des tragédies à venir si aucune mesure corrective urgente n’est prise.
Face à l’ampleur du drame, le Directeur général du SAEMAPE est intervenu samedi dernier depuis l’Afrique du Sud, lors d’une émission sur Télé 50. Il a exprimé son indignation et annoncé son intention de suspendre la coopérative encadrant le site dès son retour au pays.
Une annonce qui suscite toutefois de nombreuses interrogations. La coopérative peut-elle être l’unique bouc émissaire alors que les partenaires financiers, les autorités locales et les services techniques de l’État ont, eux aussi, laissé prospérer un système manifestement dangereux ?
S’il serait réducteur de faire porter l’entière responsabilité sur un seul acteur, il n’en demeure pas moins que les coopératives minières, les autorités locales et les services techniques de l’État partagent une part de responsabilité pour avoir toléré, encadré ou laissé se développer une exploitation dépourvue de garanties minimales de sécurité.
Pour de nombreux creuseurs, Thomas Mining reste toutefois le maillon fort de ce système défaillant : celui qui dispose des moyens financiers et techniques nécessaires, mais qui aurait choisi de privilégier la rentabilité au détriment de la vie humaine.
À Tulizembe, la colère monte. Les travailleurs dénoncent un partenariat jugé déséquilibré et dangereux, et appellent les autorités provinciales et nationales à assumer pleinement leurs responsabilités. Sans une intervention ferme de l’État, une refonte des partenariats et une application stricte des normes de sécurité, Tulizembe risque de devenir un cimetière à ciel ouvert, symbole d’un artisanat minier sacrifié sur l’autel des intérêts économiques.
Kent Ilunga






