La guerre à l’Est de la République démocratique du Congo dépasse désormais le cadre militaire. Elle s’étend au champ politique, médiatique et social, où certains Congolais – politiciens en rupture, journalistes en quête de visibilité, artistes en mal de reconnaissance ou cadres d’entreprises publiques se seraient mis au service de l’ennemi rwandais.
Une guerre « congolisée »
Selon plusieurs observateurs, Kigali chercherait à « congoliser » le conflit en intégrant à la coalition AFC/M23 des figures politiques locales frustrées et en quête de positionnement. Autour de Corneille Nangaa, ancien président de la CENI, gravitent des compatriotes ayant choisi de suivre ses pas, à l’image de Daniel Safu, ancien député, et de Claude Ibalanky, ex-coordonnateur du mécanisme de suivi de l’Accord d’Addis-Abeba.
Des réseaux éclatés mais actifs
À Goma, plusieurs personnalités s’affichent ouvertement aux côtés de l’AFC/M23, donnant une façade congolaise à une rébellion orchestrée depuis Kigali. À l’étranger, en Belgique, en France et ailleurs, d’autres acteurs évoluent en ordre dispersé, multipliant les prises de parole et initiatives pour légitimer la rébellion. Au pays, certains continuent d’agir dans l’ombre, influençant l’opinion et pesant sur les équilibres politiques.
La coalition ne se limite plus au champ militaire. Trois branches distinctes se sont formées :
Militaire : active sur le terrain, principalement à l’Est et autour de Goma.
Politique : composée de figures frustrées cherchant à se repositionner sur l’échiquier national.
Médiatique et culturelle : journalistes, artistes et influenceurs relayant le narratif rebelle.
Cette organisation vise à préparer le terrain pour le dialogue national que convoque le président Félix Tshisekedi, dans le but de se présenter comme une force incontournable lors des négociations.
L’alerte d’Israël Mutombo
Sur Bosolo Télévision, Israël Mutombo a dénoncé cette dérive, rappelant le rôle ambigu de certains acteurs, dont la CENCO, accusée de favoriser l’agresseur. Il interpelle directement le chef de l’État, l’appelant à ne pas céder à la pression de ces réseaux dispersés mais coordonnés. Selon lui, il s’agit d’une stratégie de partage des intérêts où des Congolais frustrés servent un agenda étranger, au détriment de la souveraineté nationale.
Pour le patron de Bosolo Télévision, la rébellion a pris la forme d’une guerre hybride : militaire, mais aussi politique et médiatique. Kigali masque son rôle en donnant un visage congolais à la rébellion. Cette stratégie fragilise l’unité nationale, brouille les responsabilités et place le président Tshisekedi face à un dilemme : dialoguer avec ces acteurs reviendrait à légitimer une agression étrangère, les ignorer pourrait envenimer la crise.
À travers cette analyse, Israël Mutombo souligne une contradiction centrale : la guerre n’est plus seulement imposée de l’extérieur. Elle est désormais alimentée par des ambitions internes dispersées, mais convergentes vers un même objectif : affaiblir l’État et partager les intérêts.
B.M.






