La commune de Fungurume, dans la province du Lualaba, se retrouve au cœur d’une vive controverse politico-administrative opposant le Gouvernorat provincial au ministère national de l’Intérieur. En toile de fond, le dossier du bourgmestre Leusaint Kalend, suspendu en décembre 2024 par la gouverneure Fifi Masuka Saini pour des accusations de détournement de fonds, d’insubordination, d’indiscipline et de mauvaise gestion de la redevance minière, mais récemment réhabilité par une décision du pouvoir central.
La suspension de l’autorité communale avait été décidée à titre conservatoire, selon des sources administratives, afin de préserver la bonne gouvernance locale et de permettre aux services compétents de faire la lumière sur des présomptions de détournement de deniers publics. Toutefois, le 12 janvier 2025, un télégramme signé par le Vice-Premier ministre et ministre de l’Intérieur, Jacquemain Shabani, a acté la réhabilitation de Leusaint Kalend, estimant que la procédure administrative ayant conduit à sa suspension comportait des irrégularités ou ne reposait pas sur des bases juridiquement suffisantes.
Cette décision a aussitôt été rejetée par la gouverneure du Lualaba. Fifi Masuka a opposé une fin de non-recevoir à la réintégration du bourgmestre, soutenant que la réhabilitation administrative ne saurait effacer la gravité des faits reprochés. Pour l’exécutif provincial, l’intéressé doit impérativement répondre devant la justice et justifier les accusations de détournement avant toute reprise effective de ses fonctions. « On ne peut pas parler de réhabilitation sans vérité judiciaire. La justice doit d’abord se prononcer », confie une source proche du Gouvernorat.
Cette divergence de positions entre l’autorité provinciale et le ministère de l’Intérieur a rapidement pris une tournure politique, alimentant une polémique au sein de l’opinion publique à Fungurume et dans l’ensemble de la province du Lualaba. La population se retrouve divisée entre ceux qui invoquent la hiérarchie administrative pour exiger l’application de la décision ministérielle et ceux qui soutiennent la gouverneure, perçue comme intransigeante sur les principes de redevabilité et de lutte contre l’impunité.
Sur le terrain, le différend crée un climat d’incertitude institutionnelle, marqué par une administration communale paralysée et des tensions palpables entre les partisans des deux camps. Des organisations de la société civile alertent sur un conflit de compétences susceptible de fragiliser davantage la gouvernance locale, dans une entité fortement dépendante des ressources issues de la redevance minière.
Face à l’impasse, plusieurs acteurs politiques et sociaux appellent désormais à l’arbitrage du Chef de l’État, afin de prévenir une escalade pouvant déboucher sur un chaos administratif et social à Fungurume. Pour de nombreux observateurs, cette affaire met en lumière la nécessité d’une meilleure articulation entre responsabilités administratives et judiciaires, afin que les rivalités de compétences ne prennent pas le pas sur l’intérêt général et la stabilité institutionnelle.
Kent Ilunga






